Un jour, une création : 7 mai 1888, Lalo sauvé des eaux d'Ys.

Par Cédric Manuel | lun 07 Mai 2018 | Imprimer

On peut dire qu’il s’en est donné, du mal, pour arracher enfin un vrai succès lyrique, ce pauvre Edouard Lalo. Il y parvient enfin à l’issue de la première de son Roi d’Ys, voici tout juste 130 ans, à la salle du Châtelet par la troupe de l’Opéra-Comique. Il a alors 65 ans, mais ses premiers essais en matière d’opéra datent de 20 ans plus tôt, avec une Conjuration de Fiesque qui n’a même pas atteint la rampe des pré-sélections et qui a été péniblement reconstituée il y a peu autour de Roberto Alagna.  Lalo, passablement écoeuré, ne s’essaiera de nouveau à l’exercice que plusieurs années après, sans conviction. C’est le librettiste Edouard Blau qui lui tricote en 1875 un texte tiré d’une vieille légende bretonne très célèbre, celle de la cité engloutie d’Ys qui se trouverait quelque part au large de Douarnenez. Idée soufflée semble-t-il par sa femme, la contralto (bretonne) Julie de Marigny. Lalo réutilise une partie du matériau de Fiesque, mais son Roi d’Ys est refusé par tous les théâtres parisiens, qui n’ont pas envie de risquer un nouveau four.  Accablé par l’échec, hué par ses détracteurs, usé par une santé chancelante, Lalo n’y croit plus et détruit la partition. Mais, peut-être parce qu’il a l’intuition qu’il a quand même réalisé une œuvre qui mérite bien mieux que ces rebuffades, il reprend son travail et y transpose l’idée du discours continu chère à Wagner. Bonne pioche, l’œuvre nouvelle ainsi créée au Châtelet sera donnée plus de 500 fois jusqu’au seuil de la Seconde guerre mondiale. Elle est néanmoins quelque peu tombée dans l’oubli, même son extraordinaire ouverture, qui pourrait pourtant changer un peu les programmes souvent trop répétitifs des concerts symphoniques.

Pour célébrer ce 130eanniversaire, voici un extrait qui permet non seulement de saluer l’une des reprises récentes de ce chef d'œuvre, précisément à l’Opéra-Comique en 2013, mais aussi à cette occasion, de rendre hommage au regretté Franck Ferrari, qui incarne un Karnac jaloux et vindicatif, rejoint par une Margared qui ne l’est pas moins, ici interprétée par Sophie Koch, avant que le spectre de Saint-Corentin (Nika Guliashvili) ne vienne leur promettre la malédiction éternelle s’ils poursuivent leurs noirs desseins. C’est la fin du second acte, dirigée ici par Patrick Davin.

 

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