Un jour, une création : 6 juin 1928, Strauss débarque en Egypte pour faire du « Wagner grec ».

Par Cédric Manuel | mer 06 Juin 2018 | Imprimer

Mais que va donc faire la belle Hélène en Egypte ? C’est Hugo von Hofmannsthal qui, dans son avant-dernière et orageuse collaboration avec Richard Strauss, trouve cette curiosité dans une pièce d’Euripide. On y rencontre deux Hélène : la vraie va se cacher en Egypte auprès du roi Protée et Ménélas débarque ensuite avec un sosie de la reine… Hofmannsthal se contente de reprendre une partie de l’idée et raconte l’histoire du retour de Troie de Ménélas et de son épouse dans leur galère. Ménélas veut la tuer, ce qu’empêche la magicienne Aithra, maîtresse de Poséidon. Elle déclenche un orage qui précipite leur navire sur les côtes de son île. La magicienne remue suffisamment le cerveau de Ménélas pour que celui-ci croie d’abord qu’il a déjà tué Hélène et Pâris à Troie et que celle qu’il voit devant lui est quelqu’un d’autre, avant de le convaincre que la reine ne l’a jamais trompé et qu’en fait Pâris avait séduit un spectre ayant l’apparence d’Hélène. S’ensuit une sorte de course poursuite pour retrouver la mémoire, Hélène cherchant à la rendre à son mari pour le récupérer sans encombres. Tout finira bien !  Avec un livret pareil, on se doute que Strauss et Hofmannsthal ont beaucoup échangé. Après plusieurs années de palabres et d’hésitations, Strauss achève enfin la partition en octobre 1927. Il rêve de donner le rôle d’Hélène à Maria Jeritza, qui avait incarné celle d’Offenbach. Mais le Staatsoper de Dresde, où l’œuvre devait être créée, ne pouvait pas s’offrir un tel joyau. C’est donc Elisabeth Rethberg qui incarne Hélène aux côtés du Ménélas de Curt Taucher sous la baguette de Fritz Busch voici tout juste 90 ans. Strauss s’empressera néanmoins de monter très vite après Dresde sa nouvelle œuvre à Vienne, avec la Jeritza… 

Sitôt Hofmannsthal disparu prématurément en 1929, Die ägyptische Helena sera révisé avec l’accord de Strauss par le chef Clemens Krauss et le metteur en scène Lothar Wallenstein. Malgré tous ces efforts et alors qu’Hofmannsthal jugeait que ce livret était « son meilleur », Richard Strauss ne parviendra jamais, ni de son vivant, ni après, à imposer cette œuvre digne, disait-il, d’un « Wagner grec ».

Voici le finale de cet étrange opéra, capté à Paris à l’occasion de la création parisienne de l’œuvre en… 1993. Anna Tomowa-Sintow chante le rôle titre aux côtés du Ménélas de Klaus König, sous la baguette de Marek Janowski à la tête du Philhar’.

 

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