Un jour, une création : 22 février 1810, après Perrault et avant Rossini, il y a Isouard...

Par Cédric Manuel | sam 22 Février 2020 | Imprimer

Non Rossini n’est pas le premier à avoir adapté pour la scène lyrique la Cendrillon de Charles Perrault – qui lui-même s’était inspiré de vieilles légendes. Avant Rossini, cette fable devenue universelle avait été arrangée pour l’opéra en 1759 par Jean-Louis Laruette avec le dramaturge Anseaume. Et puis, quelques décennies plus tard, c’est Nicolas Isouard qui adapte le conte pour la salle Feydeau (alors siège de l’Opéra-Comique). Son opéra-féerie Cendrillon y a été créé voici 210 ans jour pour jour.

Né à Malte en 1773 dans un riche milieu commerçant, Nicolas Isouard – qui se fait volontiers nommer Nicolò à l’italienne – est formé à Naples et jouera longtemps à cache-cache avec Rossini, au point de rester durablement... caché. Si sa Cendrillon oubliée précède la Cenerentola du cygne de Pesaro d’un peu moins de 7 ans, on sait encore moins qu’Isouard a composé lui aussi un Barbier de Séville, peu après celui de Paisiello et 20 ans avant celui de Rossini… Il sera d’ailleurs un compositeur relativement prolifique (une trentaine d’ouvrages) avant de mourir prématurément à 45 ans à Paris, non sans avoir dû subir une ultime rebuffade : son échec à l’élection pour succéder à Méhul à l’Académie des Beaux-Arts, siège attribué à Boieldieu.

La Cendrillon d’Isouard, œuvre charmante bien que moins séduisante et audacieuse que celle de Rossini, a semble-t-il été composée en pensant à une jeune chanteuse, Alexandrine de Saint-Aubin, dont l’atout principal ne semblait pas être la voix. Isouard lui a réservé le rôle titre à la demande de la sœur de la demoiselle, Anne-Cécile Duret, cantatrice plus affûtée, que le compositeur aimait vivement, bien qu’elle fût l’épouse d’un célèbre violoniste de l’époque, à qui il ne refusait rien et qui sera la créatrice du rôle de Clorinde. 

Tout cela n’empêche pas la partition de remporter un très vif succès dans toute l’Europe avant d’être éclipsée par celle du jeune confrère italien d’Isouard.  Pour toujours ? Heureusement pas. Même si Adolphe Adam triturera un peu la partition quelques décennies plus tard avant que l’œuvre ne sombre dans l’oubli, on doit à un inlassable défricheur de répertoire – spécialement de cette époque – Richard Bonynge, sa résurrection en 1998 à… Moscou. Il en reste un enregistrement dont sont tirés ces quelques extraits en forme de pot-pourri, qui vous donneront une idée de la manière d’Isouard, évidemment très éloignée de celle de Rossini, mais assez caractéristique de celle en vogue en France en 1810. L’œuvre est parfois reprise çà et là, y compris dans l’Hexagone assez récemment, comme à Caen ou à Saint-Etienne – il en avait été rendu compte dans ces colonnes. Une idée pour cet autre défricheur de répertoire oublié mais charmant qu’est l’Opéra-Comique peut-être ?

 

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