Un jour, une création : 2 juin 1713, l'autre Lucio Silla

Par Cédric Manuel | sam 02 Juin 2018 | Imprimer

Attention de ne pas confondre Lucio Silla de Mozart et Silla voire Lucio Cornelio Silla, dramma per musica en 3 actes de Georg Friedrich Haendel.

Ce dernier a 28 ans lorsqu’il compose cette partition, qui se situe donc juste après Thésée et juste avant Amadis de Gaule. Dans les rares certitudes qui entourent cette œuvre assez mystérieuse par ailleurs, nous avons d’abord le librettiste, Giacomo Rossi, qui s’inspire de Plutarque. Son livret ne figure pas parmi les grandes réussites du genre même si l’histoire de l’art lyrique regorge de textes mal fagotés, tortueux ou invraisemblables, comme on le sait bien. Autre certitude : les circonstances de la composition. Le manuscrit original affiche en lettres très larges une dédicace au duc d’Aumont, négociateur du roi de France pour la conclusion du 1ertraité d’Utrecht signé quelques semaines auparavant entre la France et l’Angleterre. Le duc vient en visite à Londres pour les suites de cette signature et sans doute aussi pour parler des tractations alors en cours entre l’Angleterre et l’Espagne en vue du 2e traité d’Utrecht, qui sera signé en juillet. Bref, les Anglais savaient recevoir.

Mais la partition de Haendel, de même que les conditions de la création, restent néanmoins beaucoup plus obscures. On constate beaucoup de manques dans le travail original, des reprises d’œuvres de confrères du compositeur, voire des emprunts. C’est comme si Haendel n’avait pas su quoi faire d’un livret plutôt faible et n’en avait guère parlé à l’auteur de ce dernier.

La création même n’est pas claire. Le 2 juin 1713 est la date la plus probable, mais elle n’est pas certaine. Le lieu pourrait être chez Burlington, selon la tradition, pour une représentation privée, mais rien n’est moins sûr. Une création au Queen’s theatre semble plus probable, mais n’est pas vérifiée. Ce qui est établi, en revanche, c’est que le dispositif prévu, du point de vue scénique comme de celui des chanteurs retenus, est robuste. 

L’œuvre tombe très vite dans l’oubli le plus complet, jusqu’à repointer le bout de ses mesures il y a quelques années, répondant à la soif de redécouvertes baroques. La partition contient cependant quelques jolis moments, comme l’air de Metella, « Fuggon l’aura », ici chanté par Sunhae Im sous la direction de Fabio Biondi, qui a beaucoup fait pour cette redécouverte.

 

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