Un jour, une création : 12 avril 1867, comment une grande-duchesse d’opérette fait tourner les têtes couronnées

Par Cédric Manuel | mar 12 Avril 2016 | Imprimer

Jacques Offenbach avait mis les bouchées doubles pour attirer à ses spectacles les innombrables visiteurs de l’Exposition universelle de Paris, en 1867 (celle durant laquelle Verdi créa Don Carlos, juste un mois et un jour avant cette Grande duchesse de Gerolstein).  Outre cette nouveauté déjantée, figurait à l’affiche du Palais-Royal La Vie parisienne depuis quelques mois et à celle de son théâtre des Variétés, Barbe-Bleue.  Offenbach avait laissé ses librettistes favoris Meilhac  et Halévy lui concocter un nouveau livret bientôt intitulé La Grande-duchesse. Premier détail cocasse, c’est la censure impériale qui ajouta « de Gérolstein », pour ne pas avoir l’air de rire d’un titre nobiliaire. Ils auraient dû chausser leurs lunettes en plus de leurs ciseaux, car ils n’ont pas eu l’air de remarquer toutes les caricatures du pouvoir en place et des militaristes qui donnaient alors de la voix, sans compter les habituels pastiches du grand opéra, Meyerbeer en tête. De fait, la première fut un triomphe mémorable, à l’exception du dernier acte, qu’Offenbach eut tôt fait de corriger pour remédier à la relative déception. Le succès se confirma ensuite et il ne fut (presque) pas une tête couronnée européenne qui ne vienne entendre l’œuvre, ou du moins entrevoir la belle Hortense Schneider, créatrice du rôle ; de Napoléon III lui-même jusqu’au tsar Alexandre II, en passant par le prince de Galles, le futur Edouard VII, les rois de Suède et du Portugal ou encore l’austère Bismarck. Seul l’empereur François-Joseph, lui aussi de passage à l’Exposition universelle, ne vint pas aux Variétés.

Prétexte à tous les délires, ce génial opéra-bouffe ne pouvait pas échapper à la joyeuse bande qui signa les productions mémorables d’Orphée aux Enfers et de la Belle Hélène. Ainsi, le duo Marc Minkowski / Laurent Pelly et quelques uns de leurs complices, Dame Felicity Lott en tête, ont laissé à la postérité un spectacle mémorable dont l’extrait présenté est l’un des joyeux témoignages, grâce au célèbre « Carillon de ma grand-mère ».

 

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