Sous le regard aimant de Quasthoff

Par Nicolas Derny | jeu 23 Juillet 2009 | Imprimer
Il y a quatre ans, Sylvia Schwartz participait à la Verbier Academy où elle assistait aux materclasses de Thomas Quasthoff qui est aujourd’hui encore son professeur à Berlin. Elle revient aujourd’hui en terres valaisannes où, quatre jours après avoir triomphé en Zerlina sur le scène de la salle Médran, elle remplace au pied levé Matthew Polenzani, déjà excusé en début de semaine pour un Don Ottavio qui était finalement revenu à Michael Schade. 
La jeune soprano, d’origine espagnole, encore relativement inconnue chez nous (même si elle a chanté à Paris avec… Sting !) appartient à la troupe de la Staatsoper de Berlin, a chanté Zerlina à la Scala, Sophie du Rosenkavalier avec Kozena en Oktavian et a des projets avec la Staatsoper de Vienne ou encore Jean-Christophe Spinosi. Une carrière qui commence sous les meilleurs auspices pour une chanteuse à la tête bien faite. Le concert qu’elle donne dans le cadre intimiste de l’église de Verbier est un récital de haut vol pour celle qui a également été l'élève de Julia Varady.
C’est Schumann qui occupe la première partie. Schwartz choisit d’abord 6 Lieder sur des textes de Rückert dont elle met la poésie parfaitement en valeur. La délicieuse Zerline qui était dans nos cœurs depuis trois jours se mue en femme sophistiquée (juste ce qu’il faut !) dont la maturité étonnante, pour son âge (elle n’a que 29 ans), laisse bouche bée. On pense redécouvrir le cycle Frauenliebe und Leben que l’on connait pourtant par cœur tant il est chanté avec sincérité. Schwartz irradie dans l’amour et touche dans la mort. Le dernier Lied semble même lui arracher quelques larmes… L’émotion n’est pas feinte et conquiert absolument tout le monde. A l’entracte, Thomas Quasthoff résume à un ami la prestation de son élève en ces termes : « Daβ ist groβe Kunst ! » Comme il a raison…
La seconde partie est moins chargée en émotion. Passons rapidement sur les mélodies de Guridi qui ne valent pas celles de Schumann même si le bonheur qu’éprouve Schwartz à chanter ce répertoire est communicatif. La courte Paille de Francis Poulenc, qu’elle avoue ne pas avoir chanté depuis 5 ans, nous montre à quel point son français est parfait. Précisons que tout cela est magnifiquement accompagné par Malcolm Martineau, au sommet de son art, qui collabore pour la première fois avec une chanteuse qui ne tarit pas d’éloge sur ce musicien exceptionnel – dans Schumann, il parvient à « rattraper » un trou de mémoire de Schwartz en improvisant une transition vers le Lied suivant. La classe !
 

 

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