Souffrances

Schumann, Brahms, Mahler,... - Verbier

Par Sophie Roughol | jeu 31 Juillet 2008 | Imprimer

 

Sur la lancée du très beau disque Schubert en compagnie d’Elisabeth Leonskaja, paru récemment chez Harmonia Mundi, on attendait beaucoup de la venue de Goerne à Verbier. Deux soirées lui sont offertes. Pour la première, consacrée au lied, il s’est allié avec Christoph Eschenbach, comme dans un récent récital à Bruxelles sur le même programme Schumann et Brahms. L’association avec Eschenbach se révèle étonnante. Chez Schumann, comment éviter que le pianiste prenne parfois le pas sur le chanteur, tant l’écriture le sollicite ? Dans Brahms la parité se rétablit, mais l’attention d’Eschenbach est constante, fusionnelle.

La voix de Goerne, comme sa silhouette, se modifie. Le magnétisme du regard agit toujours, et cet embrassement du public – embrasé du reste en fin de concert -, l’enveloppant dans la phrase qu’il sculpte de ses bras. Mais la luminosité du timbre, le sourire cèdent le pas devant une certaine gravité, aux deux sens du terme. L’émission s’assombrit, les aigus perdent de leur facilité, la douceur extrême du timbre est toujours présente mais la palette des couleurs se voile ce soir d’un gris épais, d’une souffrance physique que les prises de souffle, bruyantes, ne contredisent pas. Balancement latéral constant, cassures du corps, tics : outre la gêne pour le public, l’attitude suggère l’instabilité, l’anxiété qui ne tient pas qu’au texte. Et pourtant, la tenue de la ligne mélodique garde sa souveraineté, legato maintes fois souligné, souci sans sophistication excessive de la phrase et de son sens, plus que du mot.

La seconde soirée, Goerne rejoint l’orchestre de Verbier, dirigé par Gianandrea Noseda. Il est précédé d’une Ouverture de Freischütz assez neutre, pupitres ductiles sous la baguette énergique d’une grande silhouette assez gesticulante, aimant les contrastes au point de manquer parfois de finesse. Le parti-pris spectaculaire, et parfois même rugissant, de la direction, sied aux jeunes musiciens, notamment dans la pièce finale, le Zarathoustra de Richard Strauss, les explosions de la partition, parfois un peu hétérogènes, laissant cependant la place à une Tanzlied réussie et plus subtile.

Revenons à Goerne, qui pour la seconde soirée offrait les déchirants Kindertotenlieder de Mahler. Est-ce l’orchestre, cantonné à une lecture excellente mais prudente, qui n’a pas encore à l’évidence le poids, la maturité nécessaires à ces pages ? Goerne semble ailleurs que dans le texte : il est soucieux, certes, mais préoccupé moins du sens des mots, terrible, que de la tenue de la ligne de chant, du legato, ce que trahit un geste de la main suivant parfois le cours mélodique. On souhaiterait moins de recherche de perfection vocale, et plus de profondeur, de diction, de sens. Dans le dernier lied, « In diesem Wetter », un orchestre assez charmant conclut en contresens une soirée terne, décevante.

 

 

 

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