Sémiramis retrouvée

Sémiramis - Montpellier (Festival)

Par Christian Peter | lun 25 Juillet 2011 | Imprimer
Formé par François-Joseph Gossec, Charles-Simon Catel devient en 1790 chef adjoint de la musique de la Garde Nationale. Aussi à partir de 1792, en pleine effervescence révolutionnaire, il compose des hymnes et marches militaires qui lui permettent d’acquérir une grande maîtrise dans l’écriture pour instruments à vent dont son premier opéra se fera l’écho. Devenu professeur au Conservatoire dès sa création en 1795, il se tourne alors vers la musique de chambre. À l’aube du dix-neuvième siècle, il publie un Traité d’harmonie et, dans la foulée, décide de s’essayer au théâtre. Il écrit en tout une dizaine d’ouvrages lyriques, dont le tout premier, Sémiramis, est créé en 1802 avec un succès mitigé. Victime d’une cabale contre son auteur l’œuvre tombe rapidement dans l’oubli.
 
Le livret est tiré de la pièce éponyme de Voltaire, comme le sera plus tard celui de Rossini. La partition est extrêmement concise et son aspect novateur avait de quoi surprendre les spectateurs de l’époque. Elle comporte en effet peu d’airs, le compositeur privilégiant les ensembles et les récitatifs accompagnés qui lui offrent l’occasion d’exercer ses talents d’orchestrateur et permettent à l’action de progresser rapidement. Le premier acte s’achève sur un surprenant ballet teinté d’orientalisme et le second sur un grand ensemble à cinq voix avec chœurs, qui constitue l’un des sommets de l’ouvrage. La musique se situe dans la lignée de Gluck et de Cherubini sans que l’on puisse parler vraiment d’influence, tout au plus une certaine parenté, de même que dans le premier duo entre Arzace et Azéma « De tant d’amour grands dieux, soyez les protecteurs », se glisse en filigrane le souvenir de Mozart.
 
C’est donc à une véritable recréation que nous assistons, défendue par une équipe solide, en dépit des changements de dernière minute qui n’ont pas nui à l’homogénéité d’ensemble. Andrew Foster-Williams campe un Oroès sobre et imposant même si l’écriture du rôle ne lui permet pas de mettre en valeur l’ensemble de ses qualités vocales que nous avions tant appréciées dans la récente Finta Giardiniera du Théâtre des Champs-Élysées. Mathias Vidal et Gabrielle Philiponet remplaçaient quasiment au pied levé José Ferrero et Sarah Pagin initialement prévu, une tâche peu aisée, s’agissant de prises de rôles dans un ouvrage inconnu. De fait, privé d’assurance, le ténor a paru en retrait une bonne partie de la soirée et a même frôlé à une ou deux reprises, l’accident vocal. Néanmoins, son timbre clair et son phrasé élégant lui ont permis de camper un Arzace plus fragile et introverti que guerrier victorieux. Gabrielle Philiponet tire davantage son épingle du jeu. Il faut dire qu’ici le rôle d’Azéma est important, le personnage n’a pas moins d’un air et trois duos sans compter le grand final du deuxième acte. Dans son air, qui de surcroît ouvre l’opéra, la soprano se montre prudente et l’aigu est hésitant, mais elle se rattrape par la suite et parvient à créer une héroïne amoureuse et sensible face à Arzace, volontaire et déterminée face à Assur.
Avec Sémiramis, Maria Riccarda Wesseling, que nous avions beaucoup aimée l’an dernier dans le rôle d’Hermione (Andromaque de Grétry que le Festival de Montpellier avait affichée le 13 juillet 2010 en version scénique), trouve un nouvel emploi à la mesure de ses moyens. L’écriture, destinée à un mezzo-soprano dramatique, est proche de celle de l’Iphigénie (en Tauride) de Gluck ou de la Médée de Cherubini. La cantatrice suisse surmonte sans peine les écarts redoutables de son air d’entrée « Sous l’effort d’un bras invisible » où elle compose un personnage torturé et complexe qui ne se démentira pas jusqu’à la scène finale.
Enfin, le grand triomphateur de la soirée est sans conteste Nicolas Courjal qui campe avec aplomb un Assur autoritaire et inquiétant. Dès son apparition, au début du deuxième acte, son timbre de bronze aux accents virils en impose, et sa voix, qui ne manque pas de volume, impressionne autant qu’elle séduit, notamment dans son premier air « S’il est vrai que votre vengeance ».
 
Hervé Niquet dirige avec délectation et un art subtil des contrastes, un Concert Spirituel en grande forme, les vents notamment, fréquemment sollicités dans la partition, se révèlent d’une impeccable justesse. Mentionnons également les chœurs, irréprochables dans leurs nombreuses interventions.   
Au final, une découverte d’importance qui justifie à elle seule la note attribuée à ce concert en dépit des quelques faiblesses vocales*.
 
 
 
* Il est possible d’entendre ce concert sur le site de France Musique qui le propose à la réécoute pendant un mois. 

 

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