Revigorante jeunesse

Cosi fan tutte - Brest

Par Clément Taillia | mer 24 Septembre 2008 | Imprimer
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Cosi fan Tutte
Opéra en deux actes (1790)
Livret de Lorenzo da Ponte
Fiordiligi : Marie-Adeline Henry
Dorabella : Jennifer Holloway
Ferrando : Paolo Fanale
Guglielmo : Bartlomiej Misiuda
Despina : Laetitia Ithurbide
Don Alfonso : Mathieu Lécroart
Ensemble Matheus
Direction musicale : Jean-Christophe Spinosi
Brest, Théâtre du Quartz, le 24 septembre.

Attendu en novembre prochain au Théâtre des Champs-Elysées, Jean-Christophe Spinosi étrenne à Brest son premier Cosi, sans la mise en scène que devrait apporter Eric Génovèse.
Différente de celle attendue Avenue Montaigne, la distribution charme par sa revigorante jeunesse davantage que par une rigoureuse musicalité qui, parfois, manque un peu à l’appel. Déjà applaudie à Rennes l’année dernière, Marie-Adeline Henry se confirme comme une excellente Fiordiligi : assurée dans les embûches de « Come scoglio » comme dans les grandes lignes de « Per pieta », raffermie par une très honorable longueur de souffle, ronde et pleine dans le grave comme dans l’aigu, la voix est d’une authentique mozartienne !
Sa sœur ne manque pas de ressources, et montre une belle robustesse ; seulement, cette étoffe est un peu lourde pour les jeunes épaules de Dorabella – chez Mozart, Idamante (qu’elle a chanté à Bordeaux) ou encore Sesto, lui conviendraient sûrement davantage.
Remarqué dans une récente émission d’Eve Ruggieri, plus pour son physique de figurant dans Dallas (ou d’Alerte à Malibu) que pour la prestance de son Duc de Mantoue, Paolo Fanale se révèle un Ferrando ductile, par trop hésitant hélas, entre messa di voce et éclats « véristes ». « In aura amorosa », surtout, en pâtit, qui ne cesse de voguer entre deux styles peu compatibles, en particulier chez Mozart.
Bartlomiej Misiuda, apparu dans plusieurs petits rôles à l’Opéra de Paris, montre en comparaison un goût plus sûr (quitte à sembler quelque peu effacé). Son timbre sombre promet un Figaro, un Leporello, de très belles factures.
Laetitia Ithurbide et Mathieu Lécroart encadrent la fameuse partie carrée : elle, rattrape un timbre acide par un abattage impayable, lui dessine un Alfonso goguenard, et juste assez charismatique pour piquer la curiosité des deux soldats.
Pour compenser le statisme inhérent à toute version de concert (et qui peut vite se révéler plombant dans un ouvrage comme Cosi), quelques mimiques, certaines œillades, plusieurs (petits) déplacements révèlent une équipe attachante, plus convaincante dans sa totalité que par ses individualités, et qui s’inscrit dans une tradition clairement buffa.
Spinosi souscrit totalement à cette optique : on ne surprendra personne si l’on dit que l’ouverture bout d’une trépidante vie intérieure, que les finales donnent le souffle court, que la comédie bat son plein jusqu’à en perdre haleine. Le manque de mélancolie, d’automne, de larmes résignées, de « philosophie » au sens de Don Alfonso, passerait presque inaperçu… Ce qui n’est pas le cas de l’absence des chœurs, béante : pourquoi diable n’avoir pas convoqué l’Ensemble vocal Melisme(s) de Gildas Pungier, collaborateur aussi remarquable que régulier ?
Clément Taillia

 

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