Requiescat sine pace

Requiem - Erl

Par Jean-Marcel Humbert | sam 30 Juillet 2011 | Imprimer
Le Requiem était pour Verdi une sorte de testament, aussi bien à la gloire de Manzoni qu’à la sienne propre. Il y a donc mis toute son âme et une espèce de digest opératique qui font de cette œuvre religieuse un concentré d’opéra profane. Œuvre faite de contrastes entre des pianissimi extrêmes et d’autres moments d’une violence sauvage (« Dies irae », « Tuba Mirum »). A l’égal du Trouvère, il faut donc quatre solistes de haute volée, un orchestre aguerri et un chef maîtrisant bien l’ensemble.
L’orchestre occupe la scène et les quatre solistes, au lieu d’être à l’avant-scène, sont placés au milieu des chœurs étagés sur des gradins. Cet endroit est idéal dans les passages piani, mais quand l’orchestre est fortissimo, les problèmes commencent, car cela oblige les solistes à des efforts supplémentaires. Andrea Silvestrelli (basse) a une voix caverneuse, mais retrouve son legato à partir du « Confutatis ». Zvetan Michailov (ténor), jouant volontiers en solo, est maniéré à l’excès, parfois quasi extatique, avec une ligne de chant hachée, trop souvent larmoyant, et passant trop en force. Renée Morloc (mezzo) cherche à compenser un défaut de puissance en criant plus fort que les autres ; elle paraît également avoir un médium insuffisant, et des problèmes de legato. Seule Adela Golac Rilovič (soprano) compense ce côté « grosse artillerie » en fournissant une prestation faite de finesse et de profonde intelligence musicale. Malheureusement, victime d’un refroidissement, elle a du mal à terminer le concert. Mais elle seule a donné des moments d’émotion vraie.
Il faut néanmoins nuancer ce qui peut paraître un jugement trop sévère, dans la mesure où Gustav Kuhn arrive à obtenir des solistes des moments miraculeux, où tout semble suspendu par la grâce de notes allégées et tenues. Mais, à côté d’un orchestre et de chœurs exceptionnels, on regrette que les solistes ne le soient pas aussi. Le chef, une fois de plus, entraîne l’adhésion par ses tempi soutenus, par la dynamique sonore qu’il impose (par exemple le « Tuba Mirum » avec ses trompettes en fond de salle), par les contrastes qu’il ménage et par la sereine beauté de plus d’un passage, dont le « Libera me ».
 
 
 
 
 

 

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