Rentrée en fanfare

Par Christophe Rizoud | lun 25 Août 2008 | Imprimer

 

Rentrée lyrique précoce à Paris cette année, comme si les mélomanes avaient décidé d’enterrer l’été plus tôt que d’habitude. Il est vrai que le climat des deux derniers mois en France n’a pas encouragé à prolonger les vacances et que la salle Pleyel proposait sans attendre septembre un événement capable d’ameuter à la fois wagnériens et mondains : le premier acte de La Walkyrie interprété par Daniel Barenboim et son orchestre humanitaire, le West Eastern Divan (1). La présence sur l’affiche d’un tiercé de chanteurs prestigieux, digne des grands soirs de Bayreuth, achevait de faire monter la pression et le triomphe attendu n’a pas manqué de se produire : la salle debout à l’issue du concert a applaudi en cadence pendant près d’une demi-heure tandis que le chef faisait le tour du plateau pour embrasser un par un ses musiciens.

S’agit-il pour autant d’une soirée exceptionnelle (d’un point de vue musical cela s’entend, pour le reste, le doute n’est pas permis) ? Dès les premières mesures de La Walkyrie, haletantes, la direction de Daniel Barenboim place le niveau d’interprétation très haut et porte la tension à son maximum. Trop, trop vite. Il reste encore une heure de musique avec une histoire qui ne fait que commencer et dont le paroxysme ne se trouve pas au début de l’acte mais à la fin quand le printemps fait soudain irruption dans la maison de Hunding. Après un tel départ, inévitablement l’étau se desserre alors qu’il devrait au contraire maintenir son étreinte. Le résultat demeure remarquable mais ce démarrage fulgurant avait laissé espérer un développement d’une autre intensité.

On a beaucoup loué le Siegmund de Simone O’Neill à Strasbourg en avril dernier : « inoubliable et sans doute l’un des plus beaux que l’on ait entendu depuis fort longtemps » s’enthousiasmait Pierre-Emmanuel Lephay ici-même. Interprète engagé et voix séduisante effectivement - jeune, racée, émission plutôt haute, ligne sûre - mais à laquelle, dans sa clarté, il manque la puissance et surtout la part d’ombre qui est celle de Siegmund : les sonorités du grave et du bas médium capables de donner aux phrases les plus sombres la dimension de son désespoir, la capacité de rendre aveuglant le contraste entre la première et la deuxième syllabe des « Walse » et des « Notung ». Reste la poésie du « Winterstürme » qui laisse deviner un fils de Parsifal (Lohengrin) plutôt que de Wotan.

Avec ça, le couple qu’il forme avec Waltraud Meier n’est pas des mieux assortis. Lui juvénile donc quand elle au contraire, de par sa nature et sa maturité, trace une Sieglinde experte assez éloignée du soprano au lyrisme ardent que l’on attend dans le rôle et dont Eva-Maria Westbroek est sans doute aujourd’hui la meilleure incarnation. L’intelligence, l’art fascinant de la diseuse – la conduite du long récit « Eine Waffe laβ mich dir weisen » est exemplaire - font oublier les amertumes du timbre. Il n’empêche que, malgré soi, plus d’une fois, ce n’est pas Sieglinde que l’on entend mais Isolde.

Pas de doute en revanche quant à la caractérisation de Rene Pape, d’une noirceur inquiétante qui sort des sentiers méchamment sommaires que battent souvent les titulaires du rôle. Avec des effets d’intonation et de couleur incroyables, son Hunding, au contraire de son Méphisto à Orange, fait l’effet d’une révélation.

 

(1) Ensemble de musiciens des pays du Proche-Orient, Israël compris, qui se réunissent chaque année pour travailler, jouer ensemble et ne former qu’un seul orchestre sous la direction de Daniel Barenboim. Le West-Eastern Divan, dont le nom est tiré d’un recueil de poèmes de Goethe, ne prétend endosser aucun positionnement politique. Il s’agit plutôt de montrer, à travers l’exemple de la pratique commune de la musique, qu’un dialogue reste possible entre des cultures aujourd’hui ennemies.

 

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