Réchauffé, c’est toujours meilleur

La vie Parisienne - Lyon

Par Laurent Bury | mar 29 Novembre 2011 | Imprimer
 

On sait à Lyon, haut-lieu de la gastronomie, que certains plats sont encore meilleurs quand on les ressert le lendemain, remis sur le feu et surveillés par un œil expert. C’est exactement le cas de cette Vie Parisienne dont la première édition, en 2007, n’avait pas suscité le même enthousiasme que les autres productions offenbachiennes réalisées par Laurent Pelly, à commencer par son Orphée aux Enfers de 1997. Aussitôt filmé (DVD Virgin), le spectacle laissait une impression mitigée, alors que la recette du succès semblait avoir été respectée. Certes, Pelly n’y faisait plus équipe avec Marc Minkowski, et cela change tout : le chef-fondateur des Musiciens du Louvre aurait probablement exigé de diriger la version originale de 1866, en cinq actes, que l’Opéra de Lyon avait montée en 1991, dans une production froide mais acerbe due à Alain Françon, jamais reprise (DVD Arthaus).

Par-delà cette question musicologique, si la sauce n’avait pas entièrement pris en 2007, cela tenait aussi à la distribution : dans une œuvre dont tout le sel repose sur l’accueil réservé aux étrangers par les Français de la capitale, il était sans doute hasardeux de confier le rôle de Parisiens à des chanteurs étrangers, si méritants soient-ils. Pour cette reprise, il semble avoir suffi de modifier quelques ingrédients pour que le plat ravisse enfin tous les palais. Dans le rôle de Bobinet, Boris Grappe succède à Marc Callahan, et il confirme ici toutes les promesses qu’il donnait en Baron Grog dans La Grande-Duchesse de Gérolstein aux côtés de Felicity Lott. Maria-Riccarda Wesseling est une très bonne chanteuse, mais elle ne semblait pas vraiment à l’aise en Métella : tout le contraire de l’excellente Blandine Staskiewicz, dont on apprécie le magnifique timbre de mezzo et la diction impeccable dans ses trois airs. En 2007, Jesus Garcia était un Brésilien plus latino que nature, mais le ténor turc Tansel Akzeybek endosse sans peine les habits de celui dont Laurent Pelly fait une sorte de rappeur bling-bling. Grâce à sa voix plus corsée, habituée à un répertoire beaucoup plus lourd, Sophie Marin-Degor propose une gantière bien différente de ce qu’en faisait Marie Devellereau ; son chic et son chien rappelle quelle belle Veuve Joyeuse elle fut à l’Opéra-Comique. Le rôle du bottier semble décidément dévolu à de grands baroqueux : après Jean-Paul Fouchécourt, c’est le premier Atys de William Christie qui endosse la défroque du Major, et Guy de Mey, désormais spécialiste des « ténors de caractère », semble beaucoup s’amuser à toutes les grivoiseries que la mise en scène lui attribue. Dernier nouveau-venu, l’inénarrable Thomas Morris en Prosper, qui campe plusieurs silhouettes muettes dans les actes où il ne chante pas.

Partageant avec lui ce talent protéiforme, Claire Delgado-Boge était déjà là en 2007, et on apprécie l’art de la comédienne qu’elle est initialement dans son incarnation de cette « voix de la gare », ajoutée au premier acte par Agathe Mélinand dans sa savoureuse réécriture des dialogues. Même sans avoir beaucoup à chanter, Brigitte Hool et Jean-Louis Meunier savent imposent leur personnage par leur aplomb vocal. Michelle Canniccioni n’a en revanche aucune véritable occasion de briller (seule la version en cinq actes confie un air à la Baronne) et sa prestation ne marque guère. Très attendu, Laurent Naouri est toujours aussi formidable en Gondremarck bergmanien saisi par la débauche ; dans sa scène de griserie, admirablement mise en scène, il renoue ici avec le triomphe qu’il avait connu jadis en Jupiter d’Orphée aux Enfers. Enfin, Jean-Sébastien Bou est un luxe suprême en Gardefeu, qui phrase admirablement son « Ce que c’est pourtant que la vie » : s’il était déjà en 2007 un des meilleurs jeunes chanteurs français, c’est aujourd’hui un artiste confirmé, voué à une très grande carrière.

Dans les décors pleins d’esprit de Chantal Thomas, les désopilantes chorégraphies de Laura Scozzi retrouvent l’inspiration qui avait fait mourir de rire les spectateurs du Platée également monté par Laurent Pelly. Les Chœurs de l’Opéra de Lyon se révèlent, une fois de plus, parfaits, que ce soient en grévistes « indignés » ou en joyeux night-clubbers du dernier acte. Le chef sud-africain Gérard Korsten dirige avec toute l’énergie souhaitable un Orchestre de l’Opéra de Lyon en pleine forme lui aussi. Du réchauffé, oui, mais servi avec tout le soin qui s’impose.

 

 

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