Rancatore, Fille cadette

La Fille du régiment - Paris (Bastille)

Par Brigitte Cormier | ven 02 Novembre 2012 | Imprimer
 
 
Ce n’est pas la première fois que le public français a l’occasion de mesurer le talent de Désirée Rancatore à l’aune de celui de Natalie Dessay. Il y a une dizaine d’années, ce sont les rôles mythiques de notre star nationale (la Reine de la nuit de La Flûte enchantée et Olympia des Contes d’Hoffmann) qui ont ouvert  toutes grandes les portes de l’Opéra de Paris à la soprano italienne. Et, de même que dans les vraies familles, la cadette se distingue souvent par des qualités moins éclatantes que son ainée tout en possédant d’autres attraits, Rancatore incarne avec grâce un personnage taillé sur mesure pour un tempérament d’actrice presque à l’opposé du sien. Autant par sa voix stable, ronde et fraîche, aux aigus jaillissant avec naturel, que par son jeu sensible mais non dénué d’humour, sa charmante Marie, spontanée, tendre et têtue, a vite fait de nous rendre complices de ses invraisemblables combats.
Christian Peter a récemment dit, ici même, tout le bien que lui inspirait la programmation longtemps attendue à Paris de cette Fille du régiment vue sur plusieurs scènes importantes et déjà largement diffusée en vidéo. En effet, il s’agit d’un travail passionnant qui démontre le talent  — on peut même dire le génie de Laurent Pelly. Ce qui frappe en l’occurrence, c’est que cette mécanique théâtrale fourmillante  de gags et à la direction d’acteurs millimétrée, laisse néanmoins aux interprètes la faculté de s’exprimer selon leurs personnalités. Et cela, sans que rien n’ébranle les intentions du metteur en scène.
À la première apparition d’un Tonio rondouillard, assez pataud dans sa culotte tyrolienne, on regrette inévitablement la silhouette de jeune premier et la voix de miel du ténor belcantiste sans rival, Juan Diego Flórez, aujourd’hui au zénith de ses moyens vocaux. Cependant, malgré un timbre qui demande à gagner en séduction et à perdre un son nasal déplaisant sur certaines diphtongues, Celso Albelo dont la jeune carrière ascendante (voir brèves et cinq questions) s’appuie sur une solide technique vocale et une excellente projection, attire la sympathie.
 
Sulpice, Berkenfield, Crakentorp et Hortensius, respectivement interprétés avec talent par Alessandro Corbelli, Doris Lamprecht,  Dame Felicity Lott et Francis Dudziak, entourent le nouveau couple protagoniste. Jeunesse, droiture, fraîcheur, sont autant de qualités conjointes qui vont permettre notamment aux plaisants duos ludiques « Écoutons et jugeons » de Donizetti d’exhaler leur saveur légère et tendre. Sans doute moins brillante et moins turbulente que la précédente, cette deuxième distribution offre, elle aussi, de beaux moments de chant et de comédie. À retenir pour Marie, l’air « Chacun le sait » par une Rancatore déterminée et rusée qui devient fort émouvante dans « C’en est donc fait » pour se lâcher à l’unisson de ses partenaires pour le joyeux « Salut à la France ». Quant au Tonio du puissant ténor espagnol, après son tonitruant « Ah mes amis, quel jour de fête »  dans un costume bleu horizon plus seyant, il a définitivement emballé le public par ses contre-ut envoyés avec un brio indiscutable avant de l’émouvoir, en deuxième partie, avec un « Pour me rapprocher de Marie » candide et touchant en dépit d’une prononciation inégale.
Actualisés avec tact, les dialogues parlés gomment habilement la transposition d’époque entre les guerres napoléoniennes et la Première Guerre mondiale. Notons au passage qu’ils sont pour la première fois entendus sur une scène française. Un dernier mot pour saluer le toujours excellent Orchestre, dirigé par Marco Armiliato, ainsi que le Chœur de l’Opéra National de Paris à la diction impeccable. Cocorico !
Version recommandée :
 
Donizetti: La Fille du Régiment (Intégrale) | Gaetano Donizetti par Dame Joan Sutherland
 
 
 

 

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