Pour le coup, trop de notes

Die Entführung aus dem Serail - Genève

Par Christophe Schuwey | ven 18 Novembre 2011 | Imprimer
 

 

Ce n’est pas, assurément, la faute de Mozart si L’Enlèvement au Sérail actuellement donné à Genève semble fait de trop de notes, s’il paraît si long. Ce n’est pas la partition qu’il faut accuser de cette impression de vide, autant émotionnel qu’intellectuel. L’œuvre a trop souvent démontré ses qualités pour qu’elle puisse être mise en cause. Mais si la représentation où Joseph II aurait lâché le célèbre mot ressemblait à celle de Genève, alors nous le lui passons volontiers : rarement aura-t-on pu faire de tant, si peu.

 

Ce n’est pas non plus la faute des chanteurs. Car Daniel Behle est un magnifique ténor mozartien, au timbre plutôt séducteur, à l’émission claire, et dont la souplesse vocale charme. Rien ne lui semble un effort, et le soutien même n’est que grâce. Norbert Ernst en Pedrillo mérite à peu près les mêmes compliments : c’est un ravissement que de les entendre. Ce n’est pas non plus l’Osmin de Peter Rose qui est en cause : même si les graves spectaculaires de la partition n’ont pas tout à fait l’ampleur que l’on serait en droit d’espérer, la voix possède une rondeur et un caractère qui conviennent à merveille au personnage. Certes, Laura Claycomb n’est pas Gruberova, et ses coloratures n’émerveillent pas outre mesure, mais en contrepartie, elle nous offre de beaux moments, notamment des notes filées très émouvantes. Et l’énergie, le charme, de Joanna Mongiardo font d’elle une Blonde délicieuse. N’était, pour les deux cantatrices, le manque de puissance dès le bas médium, on n’aurait pas grand chose à redire.

 

Non, c’est bien en premier lieu la mise en scène de Mira Bartov qu’il faut incriminer. Transposer L’Enlèvement au Sérail dans le monde de James Bond, avec Selim en Doctor No et Belmonte en costard blanc ? Excellent ! Encore faut-il en faire quelque chose. Or, le manque de direction d’acteurs laisse tomber à plat la suite de gags à laquelle se résume cette mise en scène. Les gestes sont faits à moitié, les « combats » hésitent entre le sérieux et la parodie et ne parviennent à rien de pertinent. L’œuvre est saturée de contenus inutiles qui n’ajoutent ni sens, ni humour. Surtout, le procédé semble être le suivant : à chaque air, trouver quelque chose à faire, « pour remplir ». « Martern aller Arten » ? Et l’on fait tourner les serviettes (de bain) sur les vocalises ! Ca semble amusant, sur le papier ? Ca ne l’est pas, parce que personne sur scène ne semble savoir de quoi il est question. La faute, probablement, à la susdite absence de direction d’acteurs.

 

A cela s’ajoute la direction de Jonathan Darlington, entendu à Genève la saison dernière dans Orphée et Euridice. Là où sa baguette élégiaque et quelque peu acratopège pouvait passer, elle devient ici, plutôt vide que lente, un puissant somnifère. Le chef ne fait cas ni des cadences évitées ni des dynamiques possibles ni de la dramaturgie. Il conserve en revanche toutes les reprises. En résulte un long discours musical sans but ni idée forte : l’impression, étouffante et ennuyeuse, de trop de notes.

 

 

 

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