On pensait connaître la chanson

Un ballo in maschera - Paris (Bastille)

Par Antoine Brunetto | mar 21 Avril 2009 | Imprimer
Nous pensions marcher en terrain parfaitement balisé avec cette reprise d’un spectacle créé en 2007. On retrouvait la production de Gilbert Deflo, qui n’avait pas laissé un souvenir impérissable, la même Ulrica, Elena Manistina, et le même Renato, Ludovic Tézier1, la seule vraie nouveauté provenant du renouvellement du couple d’amants, Amelia et Riccardo.
 
De fait, la production ne convainc pas plus qu’il y a deux ans. Certes les décors noir et blanc et les costumes sont élégants, particulièrement lors de la brillante scène du bal, accueillie par des applaudissements nourris… Pourtant cela ne peut faire oublier une mise en scène au-delà de la platitude et une direction d’acteurs aux abonnés absents. L’aisance scénique n’étant pas parmi les qualités les plus évidentes de Madame Voigt et de Messieurs Vargas et Tézier, on assiste à une représentation totalement figée…
 
Il ne reste donc plus qu’à fermer les yeux pour se concentrer sur les aspects musicaux !
 
Mais peu de risque de s’endormir pour autant avec Renato Palumbo à la direction ! Si l’on ne retrouve pas la conduite ciselée d’un Semyon Bychkov, et si l’on note une tendance coupable aux fortissimi - surtout dans les finales - on se laisse bien vite charmer par la belle vivacité qu’il insuffle, et l’on admire, au détour d’une phrase, des détails orchestraux joliment sculptés2.
 
Deborah Voigt était attendue pour apporter du sang neuf au spectacle. On mettra au crédit de son Amelia une puissance vocale confortable, qui lui donne du relief dans les ensembles. Mais bien vite le doute s’immisce … Où sont passés moelleux du timbre et legato ? Et que dire de ce chant peu nuancé, constamment forte, à la justesse parfois aléatoire ? Méforme passagère ou répertoire inadapté, on en viendrait presque à regretter Angela Brown qui avait pourtant péché par manque de raffinement il y a deux ans3.
 
Heureusement les titulaires masculins étaient là pour nous faire oublier cette déconvenue !
 
On avait cependant laissé Ramon Vargas moyennement convaincant en Rodolfo de Luisa Miller l’année dernière, un peu dépassé par le côté univoquément héroïque du rôle. On gardait en mémoire un bon souvenir de la prestation de Ludovic Tézier en Renato, mais on se disait qu’on le préférait définitivement dans le répertoire français, question d’affinité, de style…
 
Ces préventions furent pourtant bien vite balayées par les deux triomphateurs de la soirée, qui partagent nombre de qualités, raffinement du chant, noblesse de la ligne, science des colorations et des nuances…
 
L’acte 2 est un festival Tézier. Rarement aura-t-on aussi bien perçu les contradictions du personnage de Renato ; Ludovic Tézier possède à la fois le mordant et les accents impétueux du mari ivre de colère et la fragilité de l’ami blessé, le baryton n’hésitant pas, dans un « Eri tu » poignant, à recourir à la voix de tête à des fins expressives. Un portrait passionnant !
 
Ramon Vargas enthousiasme tout autant. Sa voix semble s’inscrire idéalement dans ce rôle. Ici nul besoin de forcer, le timbre s’épanouit, lumineux. Et on ne sait quelle qualité citer d’abord, l’intégrité stylistique, l’élégance du chant, la morbidezza. L’évolution du personnage est de plus parfaitement dessinée, de l’insouciance un peu vaine du début à la mort apaisée.
 
Le reste de distribution est de bonne tenue : l’Ulrica de la mezzo russe Elena Manistina nous a semblé moins vibrante qu’il y a deux ans et surprend agréablement par sa bonne tenue stylistique et Anna Christy en Oscar est pimpante et fraîche bien qu’un peu avare de couleurs. Chez les comprimarii, les conjurés Sam et Tom (Michail Schelomianski et Scott Wilde) sont sympathiques mais ont tendance à privilégier le volume sonore au détriment du style et le Silvano d’Etienne Dupuis est bien anodin…
 
Mais qu’importe tout cela, puisque cette reprise nous avait déjà emportés grâce à des interprètes d’exception, Ramon Vargas et Ludovic Tézier.
 
 
 
1 Il remplace d’ailleurs au pied levé Franck Ferrari initialement prévu (voir brève du 16 avril)
2 Au rayon des récriminations on notera également quelques décalages au début de l’œuvre avec chœurs et solistes.
3 Angela Brown assurera d’ailleurs les dernières représentations de cette série.
  
 
 
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