Messieurs les Anglais, toussez les premiers !

La Bohème - Baugé

Par Catherine Jordy | lun 01 Août 2011 | Imprimer
Pour sa neuvième édition, le festival de Baugé en Anjou propose trois opéras dont deux opéras porteurs (La Bohème et Fidelio) et une découverte (Le Postillon de Longjumeau). Au départ, il s’agissait, pour Bernadette Grimmett, une Anglaise médecin de profession mais amoureuse de théâtre depuis son enfance, de se faire plaisir en montant un opéra de Britten, Albert Herring. Cette expérience supposée unique est devenue un rendez-vous annuel avec pas moins de trois opéras chaque été. Autre ambition de ce festival naissant : être une sorte de Glyndebourne à la française. Chaque opéra est ainsi doté d’un entracte de près d’une heure trente où l’on pique-nique dans les jardins du domaine des Capucins, la propriété des Grimmett (monsieur s’occupe de toute l’intendance), dans une ambiance d’autant plus anglo-saxonne que de nombreux Britanniques sont présents chaque année. Car le festival de Baugé a grande réputation en Angleterre, notamment auprès des jeunes chanteurs qui se pressent aux auditions. Et c’est là le grand intérêt de cette manifestation où l’on assiste à l’éclosion de jeunes voix promises à de belles carrières.
 
Pour cette Bohème fort réussie et émouvante à l’envi, une mise en scène classique et des éclairages francs mettent en valeur des costumes d’époque qui font beaucoup d’effet alors qu’ils sont réalisés par des bénévoles (au départ, Bernadette Grimmett, directrice artistique, les réalisait pour ainsi dire seule…). Les chanteurs, fort bien dirigés, sont convaincants. Quant aux toiles peintes, elles recréent une mansarde très crédible avant de céder la place à une rue parisienne à la Caillebotte qui confère à la scène du café Momus un aspect cossu et animé. Au vu du caractère quasi artisanal et du nombre restreint de collaborateurs, le résultat est tout à fait impressionnant. Et quand on sait que les répétitions se réduisent à une petite semaine, la qualité globale du spectacle et le sentiment de réussite relèvent du petit miracle.
 
Le plateau vocal est à l’avenant : Carmen Sánchez-Piva compose une Mimi éclatante de santé et dotée d’un sourire ravageur à l’image de sa voix dont on apprécie particulièrement un médium rayonnant. Cela nous vaut des duos enfiévrés avec un Rodolfo non moins passionné. Gratifié d’un chant solaire à la Pavarotti, Shaun Dixon parait très à l’aise dans le rôle du jeune poète, même s’il se laisse quelquefois emporter par ses élans au point de manquer de stabilité et de craquer la note. Mais ces petits défauts de parcours n’enlèvent pas grand chose à une prestation très honorable. James McOran-Campbell ne fait qu’une bouchée de Marcello tandis que Susan Jiwey donne au personnage de Musette une profondeur intéressante. Dommage que l’interprétation vocale, avec ses minauderies et ses aigus criards, frole la vulgarité. Heureusement, cela n’entrave en rien la beauté des ensembles. Le Schaunard de Stephen Svanholm, superbe, et le Colline de Christopher Adams à la voix un rien trop voilée complètent la distribution.
 
La partition est dirigée avec fougue par John K. Andrews, très jeune chef régulièrement invité à Baugé dont le premier des exploits est de mettre en valeur une formation d’une trentaine de musiciens qui exécutent la musique de Puccini avec la ferveur d’un grand orchestre. Beaucoup de plaisir donc, pour un festival qui gagne à être connu ailleurs qu’en Angleterre et en terre angevine…
 
Catherine Jordy
 
 
 

 

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