Massis en service minimum

Il Barbiere di Siviglia - Vérone

Par Placido Carrerotti | sam 25 Juillet 2009 | Imprimer
A priori, l’idée de monter aux Arènes un ouvrage comme le « Barbier » peut paraitre étonnante. En premier lieu, parce que le chant rossinien est d’abord virtuose et que les « grosses voix » qui y excellent sont rares, la projection ne s’alliant pas facilement avec les impératifs de la vocalité rossinienne : c’est qu’il s’agit tout de même de chanter devant 22.000 spectateurs, sans sonorisation. En second lieu, parce que c’est la finesse de jeu qui prédomine dans un Barbier réussi : or celle-ci est imperceptible à 80 mètres de la scène. Enfin, l’ouvrage ne justifie pas ces décors spectaculaires et ses processions de figurants dont les Arènes se sont fait une spécialité. Mais il s’agit d’un des « tubes » du répertoire avec lequel les Arènes peuvent faire le plein de spectateurs, un impératif pour une fondation privée.
 
A ce défi artistique la production de Hugo de Ana apporte une réponse mitigée : le décor modulaire de jardins à la française concentriques, ornés de roses gigantesques est spectaculaire, beau, magnifiquement éclairé … et efficace : l’alternance des scènes est rendue rapide par le simple repositionnement des haies de buis. Les nombreux figurants ou danseurs occupent intelligemment l’espace et uniquement quand l’action le justifie : la sérénade, la descente de police, l’enlèvement de Rosine… A aucun moment l’agitation ne vient troubler le plateau central. Les costumes sont superbes, leur rutilance faisant contrepoint au vert du jardin et écho aux roses géantes.
 
C’est dramatiquement que les choses se gâtent car, au-delà de sa beauté plastique, et même d’une certaine poésie, la production manque cruellement d’humour. Visiblement, Hugo de Ana ne sait pas quoi faire de ses interprètes ni comment enclencher la mécanique de cette comédie. Le metteur en scène argentin se réfugie dans l’utilisation systématique d’accessoires incongrus, supposés amuser le chaland : sans qu’on sache trop pourquoi, Don Basilio se promène avec deux oiseaux empaillés sur les mains ; pour Bartolo, c’est un faucon ; Rosina transporte un carton ; Almaviva exhibe des foulards, etc. Mais derrière tout ce tralala, aucune direction d’acteur digne de ce nom et une totale incapacité à faire ressortir la folie intrinsèque de l’ouvrage. La première partie est donc d’un ennui mortel et si la seconde tire le spectateur de sa somnolence, ce n’est pas grâce au metteur en scène mais plutôt malgré lui : le « Barbier » ne se laisse pas faire !
 
Musicalement, on retrouve une partie de la distribution de la création en 2007. Francesco Meli campe un comte vivace et à l’abattage certain. La voix passe bien la rampe, les vocalises sont relativement fluides, l’ornementation stylée avec quelques interpolations bien venue dans le registre aigu, le timbre est riche … Stylistiquement, ce n’est certes pas parfait, mais l’ensemble donne une impression agréable de liberté, d’autant que le ténor s’amuse vraiment . Malheureusement, le jeune chanteur renonce une fois de plus à tenter le difficile « Cessa di piu resistere », un air rétabli ces dernières années dans la plupart des théâtres « di qualita », non seulement en raison de son intérêt musical (et on ne comprend pas son absence dans un festival où les voix ont une telle importance), mais aussi pour son importance dramatique puisqu’il consacre la défaite de Bartolo.
 
Comme on le sait, le rôle de Rosine fut initialement composé pour un mezzo, puis ensuite accaparé par des sopranos légers. Il est aujourd’hui donné le plus souvent dans sa tessiture originale. Si l’on ne boude pas son plaisir, une version soprano bien menée, peut néanmoins être également excitante, surtout si les fastes vocaux sont au rendez-vous. Lors de l’édition 2007 du festival, Annick Massis avait offert au public des Arènes le brillant et rarissime air « A se è ver » composé par Rossini pour le soprano français Joséphine Fodor-Mainvielle. Hélas, les spectateurs de l’édition 2009 n’auront pas eu ce bonheur : cette fois ci, le soprano français a préféré couper cette scène qui aurait fait, rétrospectivement, le seul intérêt de la soirée. Massis, qui nous a plus d’une fois démontré ses affinités avec le service minimum, coupe également la reprise ornée de « Contro un cor », comme en 2007. Nous restons donc sur notre faim avec cette version bancale ; d’autant que la chanteuse, malgré une certaine musicalité, a généralement du mal à passer la rampe, s’économisant dans les ensembles pour tenter « l’épate » avec quelques rares suraigus bien exposés. Sur la partie centrale, la voix reste dépourvue de couleur, quant au bas médium, il est bien souvent marqué de désagréables raucités. Toujours un peu sur son quant à soi, le personnage est davantage celui d’une soubrette qui fait la fofolle que d’une jeune aristocrate qui sait ce qu’elle veut : Despina plutôt que Rosina, en somme.
 
Autre rescapé de l’édition 2007, Bruno de Simone est un Bartolo sans grande verve, correctement chantant quoiqu’en difficulté dans le chant sillabato, la projection devenant alors insuffisante.
 
Dernier protagoniste de la création, Francesca Franci est une Berta de bonne facture. Si Annick Massis lui « vole » ses deux aigus du final du premier acte, la chanteuse a néanmoins matière à briller avec l’air « Il vecchiotto cerca moglie » ici rétabli.
 
Nouveau venu dans les Arènes, Dalibor Jenis campe un Figaro sonore et efficace, mais qui ne dépasse jamais la bonne routine troupière.
 
Neveu de la mezzo Fiorenza Cossotto, le jeune Marco Vinco en reste au stade des promesses : le matériau semble intéressant mais les prouesses vocales ne sont pas au rendez-vous et l’acteur reste sur la réserve, concentré sur son émission.
 
Maniérée, la direction d’Antonio Pirolli est hors de propos. On lui rendra grâce de ne pas couvrir les chanteurs, mais c’est au détriment de toute énergie, de tout allant : un simple accompagnement un peu compassé. Le spectacle finit par un lâcher de fusées dans les jardins de Séville : on aurait préféré que le feu d’artifices fût musical.
 
 
 

 

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