Maledizione ?

La Forza del Destino - Vienne (Staatsoper)

Par Clément Taillia | mer 11 Janvier 2012 | Imprimer
 

 

La Forza del Destino serait-elle frappée par la maledizione que Leonora appelle à grand renfort de cris horrifiés à l'acte IV ? La nouvelle production présentée à la fin de l'année dernière à l'Opéra Bastille a suscité des commentaires pour le moins contrastés. La reprise du spectacle de David Pountney à Vienne ne déclenche pas, elle non plus, un enthousiasme démesuré.

En cause, notamment, une mise en scène bien tiède : le clip vidéo qui nous montre, gros plan à l'appui, la balle perdue du pistolet d'Alvaro aller se nicher dans le coeur du Marquis de Calatrava pendant le prélude ne fait pas sens ; les mouvements incessants du pan incliné sur lequel se déroule une bonne partie de l'action, et qui constitue à peu près le seul élément de décor du spectacle, finissent par lasser ; la direction d'acteur, handicapée sans doute par un nombre de répétitions proche du 0 (condition de travail si coutumière au Staatsoper qu'elle relève presque du folklore), ne propose rien qui puisse nous éclairer sur les arcanes secrets des personnages ou nous rendre cohérent un livret pour le moins improbable.

En cause, surtout, des chanteurs qui ne convainquent guère. Scéniquement (c'est un fait), comme vocalement (c'est une déception). Alberto Gazale et Aquiles Machado sont des duellistes bien peu héroïques, le premier ne comptant que sur des aigus lancés fff pour tenter de faire oublier un timbre gris et une voix déstructurée par une technique anarchique, le second évoquant davantage une caricature vériste (coups de glotte et sonorités métalliques, mains jointes et bras tendus en avant dès qu'on passe au-dessus de la portée) qu'un jeune premier verdien. Nadia Krasteva n'a ni les aigus ni la souplesse requises pour Preziosilla -il est vrai que le numéro de cow-girl que lui impose David Pountney n'est pas pour rendre son incarnation plus crédible. On se console avec le Melitone percutant de Tomasz Konieczny, le beau Padre Guardiano d'Ain Anger, et la Leonora de Violeta Urmana. A Paris, il y a quelques semaines, elle n'avait guère convaincu ; mais au sein d'une distribution plus que moyenne, elle rappelle à point nommé ce qu'est une grande voix : l'onctuosité du timbre (à l'exception du haut de la tessiture désormais plus tendu, chacun le sait), la noblesse de l'expression (ailleurs, cela passerait pour de la tiédeur, ce soir, on la saisit comme la marque d'une sobriété bienvenue), la perfection du legato... un peu de ce métier qui fait ce qu'on appelle le beau chant suffit presque à sauver la soirée.

Et un peu de la foudre qu'on appelle le théâtre ? On aurait peut-être pas parié sur Jesus Lopez-Cobos, vieil habitué de toutes les fosses d'orchestre de la galaxie, pour nous l'apporter. Et on aurait eu tort. L'orchestre, tendu, lancinant, implacable dès les premiers mesures de l'ouverture, insuffle au drame presque tout le feu qu'il donnera ce soir. Comment réserver, un soir de routine, quelques divines surprises : plus qu'une valeur sûre, les choeurs et l'orchestre du Staatsoper sont, parfois, les véritables stars de la maison...

 

 

 

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