Les méfaits de la mondialisation

La Fille du Régiment - New York

Par Placido Carrerotti | ven 05 Février 2010 | Imprimer
Gaetano DONIZETTI (1797-1848)
La Fille du Régiment

Opéra comique en deux actes (1840)
Livret de Jean-François Bayard et J. H. Vernoy de Saint-Georges
Mise en scène, Laurent Pelly
Mise en scène et dialogues, Agathe Mélinand
Décors, Chantal Thomas
Costumes, Laurent Pelly
Eclairages, Joël Adam
Chorégraphies, Laura Scozzi
Marie, Diana Damrau
Tonio, Juan Diego Flórez
La Marquise de Berkenfeld, Meredith Arwady
Sulpice Pingot, Maurizio Muraro
Hortensius, Donald Maxwell
La Duchesse de Crackentorp, Kiri Te Kanawa
Chœurs et Orchestre du Metropolitan Opera de New-York
Direction musicale, Marco Armiliato
New-York, le 5 février 2010


Après Londres, Vienne, New-York et San Francisco, et en attendant Barcelone et sans doute Paris, la production emblématique de Laurent Pelly fait à nouveau escale au Metropolitan,  avec une distribution modérément originale.
Comme à San Francisco, c’est Diana Damrau qui  reprend le rôle créé par Natalie Dessay dans cette production. Vocalement, la voix est incontestablement plus fraiche, d’une pureté cristalline, avec de réelles facilités dans l’aigu et de magnifiques pianissimi. La projection est nettement moins importante que celle de la chanteuse française, mais l’acoustique du Met, plutôt favorable aux voix, ne lui pose pas de problèmes. C’est scéniquement en revanche que les choses clochent. La symbiose entre Natalie Dessay et Laurent Pelly a été telle qu’on ne sait trop « qui a inspiré qui » : en reprenant ce personnage de garçon manqué, Damrau ne peut faire que « du Dessay » (d’autant que la ressemblance scénique est quasi parfaite) sans pouvoir composer un personnage personnel (mais était-ce possible, justement, dans un tel carcan ?). Elle en rajoute même, notamment en grossissant exagérément certains effets.  Au final, c’est une Marie « Canada Dry » : ça a la couleur du Dessay, mais c’est du Damrau.
A ses côtés, nous avons droit à l’inévitable Juan Diego Florez qui semble enchaîner les Tonio comme d’autres vont pointer à l’usine, et visiblement avec le même entrain. Le ténor se contente ce soir de remplir son contrat, et c’est certes pas mal vue la difficulté du rôle : les aigus de rigueur sont superbement exécutés, mais sans extra ; pas de bis non plus, la salle n’étant d’ailleurs que raisonnablement enthousiaste. Pour le legato et les piani en revanche, c’est plutôt le service minimum. La lassitude s’installerait-elle chez le ténor péruvien ?
Meredith Arwady est un authentique contralto qu’on aimerait entendre dans un rôle plus intéressant vocalement. Ici, elle se caricature elle-même avec humour et fait preuve d’un exceptionnel abattage scénique. A suivre. En Sulpice en revanche, Maurizio Muraro se contente de tirer son épingle du jeu : prononciation difficile, voix sans grande caractérisation, et peu de présence scénique.
Pour succéder à l’actrice Marian Seldes, légende locale relativement obscure de ce côté-ci de l’Atlantique, le Metropolitan a choisi pour cette reprise d’imiter Vienne en confiant le rôle de la Duchesse de Crackentorp à une gloire lyrique en fin de carrière. Dame Kiri Te Kanawa reçoit une légitime ovation à son entrée et fait preuve d’un talent comique indéniable. Contrairement à Montserrat Caballé, qui interprétait une « chanson suisse » de circonstance en fin d’acte, le soprano néozélandais offre dès son entrée une curieuse  "Canción al Arbol del Olvido" du compositeur argentin Alberto Ginestera dont on ne voit pas trop ce qu’elle vient faire là, sinon souligner l’usure un peu attristante des moyens vocaux de l’illustre cantatrice.
Après plusieurs visions (y compris en DVD) la mise en scène de Laurent Pelly finit par lasser, surtout quand Juan Diego Florez en parait lassé lui-même : les dialogues d’Agathe Mélinand, remplissage sans esprit, sont un supplice quand ils sont interprétés par des artistes qui n’y comprennent rien ;  certains effets comiques apparaissent trop appuyés ; et puis, il y manque totalement cette dimension poétique et nostalgique qui fait toute la différence entre l’opéra-comique de Donizetti et l’opéra-bouffe d’Offenbach vers lequel Pelly l’a détournée. Je ne renierai pas la satisfaction ressentie lors des premières visions de cette production : néanmoins, dégrisé, elle m’apparait au final comme une tentative un brin racoleuse, voire quelque peu démagogique. C’est finalement un « bon produit », exportable dans le monde entier, mais est-ce à cela que se limite une mise en scène d’opéra ?
A la tête de l’orchestre du Metropolitan, Marco Armiliato démontre toute l’importance d’une bonne baguette pour des ouvrages réputés mineurs. Le chef italien sait en effet alterner les moments de vivacité et de poésie, tout en tirant de belles sonorités de la fosse, loin de certaines « fanfares » trop souvent entendues.
Placido CARREROTTI

 

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