L’enchantement du lundi soir

Lieder - Bruxelles (La Monnaie)

Par Claude Jottrand | lun 12 Septembre 2011 | Imprimer
 
Le public ni la presse ne s’était rué en masse, ce lundi, pour venir écouter quatre excellents chanteurs dans un programme très largement en dehors des sentiers battus : trois cycles de lieder de Schumann parmi les moins souvent présentés, conçus pour quatre voix mixtes (mais toutes ne sont pas sollicitées dans toutes les pièces), et datant tous de la féconde année 1849, celle qui offrit au compositeur une sorte de seconde vague créatrice dans le domaine du lied, après la première et somptueuse efflorescence de 1840.
 
Les deux cycles « espagnols » sont très largement basés sur des textes d’inspiration populaire, et appartiennent donc plutôt au genre du Volkslied, dans la veine que Brahms utilisera plus tard pour ses Liebeslieder, avec le succès que l’on sait, alors que les Minnespiel, cycle plus homogène et basé sur des textes de Rückert, plus austère aussi, appartiennent sans conteste au genre plus noble du Kunstlied. Dans tous les cas on chante l’amour et la nature intimement mêlés, les deux principaux thèmes d’inspiration du romantisme allemand.
 
Or, on découvre que ces recueils peu visités contiennent quelques pages de toute beauté (Mein schöner Stern, ou O Freund, mein Schirm, mein Schutz, dans l’opus 101 par exemple) d’une précieuse intimité, avec ce ton inimitable qu’a Schumann, lorsque pointe l’émotion, de couper court à tout appesantissement par une pirouette. Quelle élégance !
 
Les timbres de cette solide équipe de quatre chanteurs sont particulièrement bien assortis ; certes, le soprano fruité de Marlis Peterson domine en volume les couleurs dorées de Anke Vondung, et la personnalité saillante de Werner Güra prend facilement l’ascendant sur celle du baryton, mais les ensembles sont particulièrement bien équilibrés, ce qui permet une lecture très claire de la partition au contrepoint parfois chargé.
 
Sur un piano Erard de 1860, caché dans un meuble affreusement néo-gothique, Christoph Berner, le poète, et Camillo Radicke, plus fougueux, font preuve l’un et l’autre, lorsqu’ils se produisent d’abord séparément, d’une grande sensibilité au texte et d’un sens très nuancé de la musique de Schumann. Ensuite, lorsqu’ils interviennent ensemble et doivent partager le clavier pour l’opus 138, sans doute par quelque réflexe de surenchère sonore, ils perdent le beau caractère intimiste établi auparavant et l’émotion retombe un peu.
 
Un disque, récemment paru chez Harmonia Mundi, reprend l’intégralité de ce programme.
 
 

 

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