Le spectacle de fin d’année ?

La Belle Hélène - Toulouse

Par Maurice Salles | dim 23 Décembre 2012 | Imprimer
 
Autant l’avouer, cette production annoncée comme une réussite totale ne nous a pas comblé. Proposé avec deux entractes le spectacle va son train sans soulever l’enthousiasme. Les décors (Eric Chevalier) minimalistes mais animés de sièges ou d’accessoires divers selon les scènes simulent d’abord le marbre pour l’escalier d’un temple ou la salle de bains royale, puis les planches d’une promenade en bord de mer. Le metteur en scène y dispose avec habileté les groupes, qui sont, comme les solistes, revêtus de costumes (Frédéric Pineau) à l’ornementation très soignée, manifestement inspirés de la statuaire, de la littérature et de la peinture, antique ou non, jusqu’à l’ultime tenue d’Hélène, digne d’une Cléopâtre hollywoodienne. Les éclairages (Jacques Chatelet et Gérard Poli) en valorisent subtilement les formes et l’harmonie des couleurs.
Réussite plastique donc mais frustration relative quant à l’adaptation proposée par Bernard Pisani. Dès le chœur d’ouverture, le simulacre de lutte auquel se livrent à l’avant-scène deux « esclaves » athlétiques – à la présence ultérieurement répétitive – pendant le chœur initial amène à se demander si le metteur en scène craint que la musique ne suffise pas à combler le spectateur. C’est sans doute pour cela qu’il fait intervenir à maintes occasions des danseurs, mais donnons-lui acte que ses chorégraphies épousent fort bien les rythmes et ne manquent ni de grâce ni d’à-propos. Comme beaucoup de ses confrères il a voulu actualiser le texte. Sans faire de comparaison désobligeante, disons que son rébus racoleur est laborieux et que nombre de ses trouvailles n’ont que peu d’impact comique, ce qui est plutôt fâcheux. Car même si de graves analystes ont mis justement en lumière la violence cachée de la satire du régime de Napoléon III La Belle Hélène doit d’abord amuser. C’est par le rire que la comédie remet en cause l’ordre établi. Sans doute l’héroïne est-elle insatisfaite de son sort ; mais traiter avec réalisme sa frustration est une erreur, ne serait-ce que parce qu’Hélène n’est pas une femme ordinaire. Cette approche donne à son air d’entrée, par la force de conviction qu’y met l’interprète, un cachet de sérieux touchant ; malheureusement il contamine tout le spectacle, par exemple dans la brutalité qui imprègne les rapports entre Ménélas et son épouse. Sans doute c’est plausible, mais on s’éloigne alors de l’esprit de la comédie. Si l’on ajoute que la fatigue de la représentation de la veille a peut-être miné l’élan de certains, on sent parfois l’application quand tout devrait sembler facile.
   
Est-ce cette crainte de sembler en méforme qui conduit les chœurs, par moments, à quasiment vociférer ? Heureusement ils ne perdent jamais leur cohésion et restent justement nuancés le plus souvent. Chez les solistes aucune fausse note dans les seconds rôles, même si l’Oreste de Mariam Sarkissian manque un peu de corps et de projection et si le français parlé de Brian Galliford n’a pas la clarté de celui qu’il chante. Dans le couple vedette en revanche un bémol pour Antonio Figueroa ; quand il recourt à la voix de tête cela semble moins un effet de l’art qu’un pis-aller. C’est dommage car il a le physique avenant et l’aisance scénique du rôle. Son Hélène, Gaëlle Arquez, qui n’a rien à lui envier sur le plan de la plastique et de la prestance séduit aussitôt par sa voix capiteuse, longue et souple. Initialement marqué de sérieux son engagement dramatique prive un peu le personnage de l’autodérision liée à sa créatrice et devenue traditionnelle. Mais sans nul doute d’autres productions lui permettront de se libérer davantage.
La musique est traitée par Jean-Marie Zeitouni et les musiciens avec tout le respect dû à une partition où Offenbach semble s’être donné pour défi d’intégrer des citations d’œuvres contemporaines comme piment de sa propre composition. A côté des rythmes variés et dansants le chef et les musiciens libèrent le lyrisme, en particulier au deuxième acte. Mais à deux reprises, en final d’acte, le chef accélère et le plateau se retrouve quelques instants en décalage. Cela ne gêne pas probablement pas grand monde puisqu’aux saluts rien ne trouble l’unanimité des applaudissements dont le public ne s’était pas montré prodigue pendant la représentation. Sans nul doute ce succès confirme Offenbach dans sa position de « compositeur des fêtes ». Pourvu que La Belle Hélène ne devienne pas « le » spectacle de fin d’année ! Après tout, au Capitole c’est la deuxième en cinq ans !
 

 

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