La croisière s'amuse au Bal Masqué

Un Ballo in Maschera - Vienne (Staatsoper)

Par Clément Taillia | jeu 12 Janvier 2012 | Imprimer

 

On se disait bien que cette reprise du Ballo in Maschera de Gianfranco de Bosio ne se déroulerait pas sans quelques annulations, mais on prévoyait surtout celle de Neil Shicoff, habitué aux forfaits de dernière minute d'avantage qu'au rôle de Gustavo III. Le ténor américain, pourtant, est bien là, et ce sont les deux autres rôles principaux qui sont tenus par de luxueux remplaçants.

Si la perspective de réentendre Eva-Maria Westbroek nous réjouissait, force est de constater que Barbara Haveman, qui côtoie Amelia depuis déjà quelques années, n'a aucun mal à convaincre l'auditoire : le timbre est coloré, la voix, large et puissante, la technique (superbe legato) plus que solide... de quoi composer un personnage fougueux et séduisant, et faire oublier quelques aigus un peu durs.

L'événement, c'est du côté de Renato qu'il faut aller le chercher : la présence annoncée de Simon Keenlyside avait de quoi intéresser, mais son remplacement par Leo Nucci fait délirer les viennois. Le baryton italien fêtera dans quelques semaines ses 70 ans ; rien, dans sa voix, ne le laisserait supposer. Le timbre n'a pas perdu de sa chair, les aigus sont toujours aussi percutants, et « Eri tu », salué par une très longue ovation, constitue le sommet de la soirée : dans un rôle qu'il a enregistré sous la direction de Karajan, et qu'il a chanté aux côtés de Pavarotti, Nucci demeure une référence incontournable.

Le Gustavo de cette soirée ne fait guère baisser la moyenne d'âge, et cette fois, ça s'entend : l'agilité et la solidité requises pour ce grand rôle ne sont pas toujours au rendez-vous. Reste que Neil Shicoff, par-delà les années et malgré des choix stylistiques parfois contestables, sait dès les premières mesures esquisser un portrait comme lui seul sait en faire, intrinsèquement imparfait, fatalement brouillon, mais indéniablement sincère et, au final, bouleversant.

Bien complétée par l'Ulrica sonore (et, pour une fois, à l'aise dans les deux extrémités de la tessiture) de Zoryana Kushpler et l'Oscar lumineux de Julia Novikova, l'excellente équipe des chanteurs profite de la direction attentive de Philippe Auguin, qui sait compenser, par son enthousiasme et son expérience, un orchestre en relative petite forme -à Vienne, les reprises ne sont quasiment pas répétées.

La mise en scène de Gianfranco de Bosio, ici, est un must, marqué par le souvenir de ceux qui y chantèrent (Pavarotti, Cappuccilli) ou qui la dirigèrent (elle date de l'époque Abbado). Toute en rideaux et en tentures délimitant les différents espaces scéniques, elle ne propose en revanche, comme on pouvait s'y attendre, qu'une direction d'acteurs minimaliste ; une donnée qui fait de la présence d'artistes ayant commencé leur carrière dans les années 1970 un avantage : Shicoff et Nucci savent habiter la scène, même sans consignes précises. Et quand les aînés sont vaillants, ce petit saut dans le passé n'a rien de désagréable...

 

 

 

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