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Les Brigands - Bordeaux

Par Christophe Rizoud | lun 28 Septembre 2009 | Imprimer
Jacques OFFENBACH (1819-1880)
 
Les Brigands
Opéra-bouffe en trois actes.
Créé le 10 décembre 1869 au Théâtre des Variétés à Paris.
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy.
 
Coproduction Grand Théâtre du Luxembourg, Opéra Comique,
Opéra Toulon Provence méditerranée, Opéra National de Bordeaux
 
 
Mise en scène, Jérôme Deschamps / Macha Makeïeff
Décors, Françoise Darne
Costumes, Macha Makeïeff
Lumières, Marie-Christine Soma
 
Fiorella, Daphné Touchais
La princesse de Grenade, Michèle Lagrange
Fragoletto, Marie Lenormand
Zerlina et la Duchesse, Christine Rigaud
Falsacappa, Eric Huchet
Pietro, Franck Leguérinel
Antonio le caissier, Loïc Felix
Le comte de Gloria Cassis, Philippe Talbot
Le baron de Campotasso, Francis Dudziak
Le duc de Mantoue, Martial Defontaine
Le chef des carabiniers, Fernand Bernadi
Pipo, Jean-Marc Martinez-Droz-Bartholet
Adolphe de Valladolid et le Page Humberto, Ayerbe-Pino
Carmagnola, Leonard Pezzino
Barbavano, Antoine Garcin
Domino, Antoine Normand
Le précepteur, Ronan Debois
 
Avec les comédiens Nicole Monestier, Jean-Marc Bihour,
Luc Tremblais, Laurent Delvert,
François Toumarkine,
Jean-Claude Bolle-Reddat,
Louise Wallon
 
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Direction musicale, Emmanuel Joel-Hornak
 
Bordeaux, Grand Théâtre, 27 septembre 2009
 
 

 
Des Brigands de Jacques Offenbach, créés en 1869 au Théâtre des Variétés à Paris, la postérité a surtout retenu le « bruit des bottes » annonciateur de l’invasion allemande de 1870. Piétinements sinistrement prophétiques qui, associés au caractère ambitieux de la composition (personnages nombreux, écriture savante avec notamment beaucoup d’ensembles) ont contribué à la moindre popularité de l’ouvrage. Délaissés au profit d’Orphée aux enfers, La Belle Hélène, La Perichole et autres opéras bouffes plus légers, Les Brigands ont dû attendre John Eliot Gardiner à Lyon en 1988 et surtout Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff à la Bastille en 1993 pour retrouver les faveurs du public français. C’est justement cette production que l’Opéra de Bordeaux reprend 16 ans plus tard, après l’avoir déjà présentée aux Aquitains en 1998. Son succès à l’époque contribua à la mise sur orbite lyrique du couple fondateur des Deschiens. On connaît la suite : Jérôme Deschamps occupe depuis 2005 le poste de directeur de l’Opéra Comique ; Macha Makeïeff compte plus d’une dizaine de mises en scène d’opéras à son actif (elle prépare actuellement La Calisto de Cavalli pour le Théâtre des Champs-Elysées sous la direction musicale de Christophe Rousset).
 
L’on pouvait craindre que le spectacle, avec le temps, ait perdu de sa drôlerie, que le style « Deschiens » (« des gens simples qui ratent tout et ne comprennent rien à ce qui leur arrive1 ») ne fasse plus mouche. L’on redoutait que cette lecture qui joue le jeu de la convention jusqu’à l’absurde ne nous amuse plus ; qu’elle nous semble datée, ainsi privée de toute considération historique ou parodique, pas même actualisée. C’est là au contraire sa force. Presque deux décennies après2, ces Brigands n’ont pas pris une ride et l’on passe toujours un excellent moment en leur compagnie.
 
Tout juste regrettera-t-on que l’édition 2009, contrairement aux précédentes, ne comporte pas de personnalités vocales plus saillantes. Pour autant, l’équipe réunie ne démérite jamais, la plupart étant de longue date des spécialistes de ce répertoire. Tel Eric Huchet, qui avant d’endosser le rôle de chef des Brigands, fut Aristée (Orphée aux Enfers), Achille (La belle Hélène), le Prince Paul (La Grande Duchesse de Gerolstein) et au disque un irréfragable Larfaillou (Le Savetier et le Financier). Son Falscappa a du métier, cela s’entend : une voix solide campée sur le médium, un peu moins percutante dans l’aigu, l’articulation parfaite et la présence gaillarde. Franck Leguérinel a lui aussi beaucoup chanté Offenbach : Calchas (La Belle Hélène), le Vice-Roi (La Périchole), Le Baron Puck (La Grande Duchesse de Gerolstein). Le rôle de Pietro lui offre peu l’occasion de briller vocalement mais l’esprit est là. Le métier de Francis Dudziak ne se fait pas moins entendre malgré la brièveté des ses interventions – le baron de Campotasso ne dispose que d’un duo. Michelle Lagrange, autrefois pétulante Fiorilla, aujourd’hui Princesse de Grenade, ne passe pas inaperçue, elle non plus, bien que le personnage soit secondaire. Au contact de ces spécialistes, les plus juniors – Daphné Touchais, Marie Lenormand, Loïc Félix qui se taille déjà une belle part de succès dans le rôle court mais payant du Caissier, Philippe Talbot, Martial Defontaine, Fernand Bernadi – continuent d’affûter leurs armes, selon les règles du genre : diction, ton, style. Pas si évident.
 
Nos jeunes chanteurs, dans ce difficile apprentissage, peuvent également compter sur l’expérience d’Emmanuel Joel-Hornak qui conduisait déjà l’orchestre à Paris en décembre 1993 et dont la direction ne dévie jamais, dès l’ouverture promptement fouettée jusqu’au feu d’artifice conclusif qui fait du final un véritable bouquet.
 
Christophe RIZOUD


1 Entretien avec Macha Makeïeff, réalisé à l’Opéra de Paris en 1993 et reproduit dans le programme.
2 Le spectacle fut présenté d’abord à Amsterdam en 1992.

 

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