Et Haydn vit que cela était bon

Die Schöpfung - Paris (Pleyel)

Par Laurent Bury | lun 02 Avril 2012 | Imprimer
 
Lundi 2 avril, Accentus soufflait ses vingt bougies. Devant un parterre en partie composé d’huiles et de grosses légumes, Laurent Bayle, directeur de la Salle Pleyel/Cité de la Musique, a prononcé le discours élogieux qui s’imposait pour saluer le parcours exemplaire du chœur de chambre fondé 1992. Et aussitôt après la fête a commencé, Laurence Equilbey se lançant dans la partition de Haydn avec la rigueur et l’énergie qui la caractérisent. Tempos généralement rapides pour cette Création dont on ne voit pas passer les sept jours. L’Akademie für Alte Musik Berlin partage la vigueur du chef, avec de superbes sonorités aux cordes comme aux vents : magnifiques roucoulements et rugissements voulus par le texte, pour un « bestiaire » magistralement caractérisé, et un timbalier déchaîné qui vous transformerait presque les apparitions de la lumière et du soleil en Ainsi parlait Zarathoustra. Accentus, le héros du jour, n’est pas en reste, et profite de chacune des interventions du chœur pour manifester son homogénéité et sa maîtrise des plus subtiles nuances.
 
Devant cet effectif imposant, l’équipe de solistes – trois, et non cinq, comme c’est parfois le cas – réunie ici brille par la finesse de son interprétation, loin des formats héroïques jadis voulus par des chefs comme Karajan ou James Levine. Conformément à l’image sonore qu’on ce fait aujourd’hui de Die Schöpfung, les anges narrateurs comme les premiers humains sont confiés à des chanteurs baroqueux et/ou mozartiens.
 
Tout auréolée de la réussite de son dernier disque, Triomphe de l’amour, dont elle promène le programme en tournée (voir recension), Sandrine Piau est un délicieux archange Gabriel, dont la voix ne remplit certes pas complètement le vaste espace de la Salle Pleyel, mais qui sait vocaliser à la vitesse que lui impose Laurence Equilbey. Dans la troisième partie, son Eve est particulièrement savoureuse, d’autant que le livret se théâtralise davantage : la soprano a presque un personnage à composer, même si le récit s’arrête à temps avant que n’arrive le serpent tentateur.
 
Uriel d’un bout à l’autre de l’œuvre, Topi Lehtipuu séduit par un timbre élégant, dont les notes les plus graves gagneraient certes à être un peu plus sonores, mais l’on est conquis par la sensibilité avec laquelle il phrase notamment ses récitatifs, comme celui qui ouvre la troisième partie, « Aus Rosenwolken bricht ». Et il ajoute une pointe d’humour à sa toute dernière phrase, quand il conseille à Adam et Eve de ne pas chercher à en savoir plus qu’il n’est bon pour eux.
 
Enfin, découverte de la soirée (sauf pour ceux qui connaissaient son Don Giovanni sous la direction de René Jacobs, avec qui il a également enregistré cette Création en 2009), Johannes Weisser impressionne par le caractère frémissant, habité de son interprétation. Les premières mesures chantées par Raphaël inquiètent presque : ce baryton clair, dont le trac rend peut-être la voix plus vibrante encore, sera-t-il en mesure de rendre justice à l’ensemble de la partition ? Mais oui, à condition de ne pas attendre ici l’équivalent d’un Kurt Moll, qui a beaucoup gravé l’œuvre dans les années 1980. Splendide dans l’aigu, la voix se creuse joliment dans le grave, et offre un Adam qui n’a rien d’un patriarche, un Adam juvénile, expressif, parfaitement apparié avec l’Eve légère de Sandrine Piau. Herzlichen Glückwunsch zur Geburstag, Accentus !
 
 

 

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