Ermonela Jaho bien encadrée

La Traviata - Vérone

Par Jean-Marcel Humbert | jeu 04 Août 2011 | Imprimer
Pour cette nouvelle production de La Traviata à Vérone, Hugo de Ana  s’est inspiré d’une évocation de Marguerite Gauthier par le peintre italien Eugenio Scamparini. L’action est transposée dans les années 1880, dans un environnement « à la Sarah Bernhardt » faisant également appel au japonisme. Le metteur en scène et décorateur argentin signe là un magnifique spectacle, certes au premier degré (c’est du vrai mélo, Violetta semble n’avoir aucune marge de manœuvre), mais parfaitement adaptée à tous points de vue aussi bien aux Arènes qu’à l’œuvre de Verdi.
 
Comme il est maintenant presque de tradition, l’opéra commence pendant le prélude de l’acte I avec la mort de Violetta, ou du moins la vente de ses biens : des commissaires priseurs font l’inventaire, des acheteurs potentiels viennent renifler le parfum de scandale qui flotte encore dans l’espace, le sol est jonché de meubles, et d’immenses cadres jetés en vrac constituent le décor, cadres qui se redresseront parfois au fil de l’action. L’effet est splendide sinon très novateur, encore que l’on puisse regretter certaines facilités, comme le moment où Violetta est assise sur le bord d’un de ces cadres alors qu’il se redresse à une hauteur importante, pendant qu’elle est contrainte de chanter le Folia (sans l’aigu, il est vrai facultatif, de la fin). Autour d’elle, les chœurs sont un peu trop laissés à eux-mêmes, avec les dames qui se font des mines et font semblant de se raconter des histoires.
 
La chanteuse albanaise Ermonela Jaho (Violetta) fit ses débuts en 2005 dans ce même rôle à l’Opéra de Marseille ; depuis, elle l’a chanté, ainsi que quelques autres, aux quatre coins du monde. Sa Violetta est belle, mais malheureusement des défauts entachent sa prestation. Scéniquement, elle est surtout vulgaire au premier acte, écartant ou levant les bras la moitié du temps tout en marchant ; or il ne suffit pas de traverser la scène en tous sens pour créer un personnage : on a là une excellente meneuse de revue, pas une Traviata. Un peu plus crédible dans les actes suivants, et parfois même émouvante, elle n’en minaude pas moins à outrance, la tête trop souvent penchée sur le côté, genre Mater Dolorosa (ou torticolis ?). Vocalement parlant, elle a bien écouté Callas, et arrive à l’imiter une fois ou deux, mais son premier air – qu’elle truque avec une espèce de vibrato au lieu de faire toutes les vocalises qu’elle savonne – n’est pas toujours très juste (notamment les aigus). Elle donne l’impression de ces « produits de luxe » lancés sur le marché sans qu’ils aient eu le temps de faire leurs classes en troupe.
 
Francesco Meli (Alfredo) s’est, lui, sagement cantonné jusqu’à présent dans Mozart, Rossini, Donizetti et Bellini, avec de timides incursions chez Verdi et Puccini. Il est très au-dessus de sa partenaire en termes de style et de nuances. L’un et l’autre ont la voix du rôle, mais il manque entre eux un équilibre et une symbiose. Scéniquement, Meli ne joue pas vraiment le jeune premier, plutôt un jeune hobereau brut de décoffrage, ce qui constitue une conception intéressante plus proche du roman. Mais le grand triomphateur de la soirée est le géorgien George Gagnidze, peut-être moins connu sur le plan international (il a néanmoins chanté à Paris dans Francesca da Rimini), et qui débute aux Arènes, où il chante en alternance Giorgio Germont et Nabucco. La voix est somptueuse, l’interprétation musicale prenante, et il donne la cabalette souvent coupée de la fin du 2e acte ; pour une fois, le rôle échappe au ridicule, on y croix vraiment : c’est un chanteur que l’on a envie de revoir. Du reste de la distribution, notons les belles prestations de Natalya Kraevsky (Annina), et de Cristina Melis (Flora Bervoix), et oublions les autres protagonistes masculins.
 
Le chef Carlo Rizzi est un habitué de l’Opéra de Paris et de nombre de grande scènes internationales ; il dirige pour la première fois à Vérone, où il a fort à faire dans cette production aux chœurs un peu mous et dispersés, pour entraîner chanteurs et orchestre, sans toujours y parvenir. Néanmoins, on sort avec l’impression d’avoir passé une très bonne soirée : la somptuosité des décors et la magie du lieu ont parfaitement opéré.
 
 
 
 
 

 

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