Entre classicisme et convention

Cosi fan tutte - Paris (Garnier)

Par Christophe Rizoud | mar 22 Octobre 2013 | Imprimer
 
« Sauvé par le chef et les chanteurs » titrait Marcel Quillévéré en juin 2011 à propos de ce Cosi fan tutte mis en scène en 1987 par Ezio Toffolutti et repris une nouvelle fois par l'Opéra de Paris. La critique de notre confrère, désormais producteur des Traverses du Temps du lundi au vendredi de 19h à 20h sur France Musique, aurait-elle porté ses fruits ? L'approche jugée il y a deux ans trop décorative nous semble ici s'être animée pour aboutir à une vision classique de l'œuvre de Mozart. Classique ou conventionnelle ? Dans ce décor d'un esthétisme accompli, où perspectives lagunaires et porches monumentaux évoquent une Venise éternelle, dans ces costumes élégants aux couleurs explicites – bleu pour Fiordiligi, jaune pour Dorabella, noir pour Don Alfonso – c'est Cosi tel que chacun se le représente qui se joue devant nos yeux, un Cosi élégant, fidèle au livret dans le moindre de ses mouvements, un Cosi d'Epinal.
Classique ou conventionnel, la différence au niveau de l'interprétation tient aussi à un fil. A une Despina – Bernada Bobro – plus aigrelette que piquante. A un Alfonso – Lorenzo Ragazzo – moins philosophe que cynique, dont le timbre trahit l'expérience et les mines appuyées le tempérament farceur. A une Dorabella – Stephanie d'Oustrac – enfant surdouée de la scène qui semble s'en donner à cœur joie dans ce rôle de coquette, gourmande et affranchie au point vocalement d’oublier parfois le galbe de la phrase. A un Guglielmo – David Bizic – auquel la partition n'offre pas assez pour qu'au contraire de l'habitude, le personnage parvienne à se détacher du lot. A Dmitry Korchak qui, lui, tranche avec l'image du ténor mozartien ; Ferrando affirmé, souvent tendu, parfois brutal et tellement plus convaincant dès qu'il consent – trop rarement – à alléger son chant. A une Fiordiligi – Myrtò Papatanasiu – d'une grâce appréciable, voix fine, presque légère, mais sachant assumer les écarts de registre et rester sonore dans les profondeurs de la portée. Dommage que son « Per Pieta » ne tienne pas tout à fait les promesses d'un « Come Scoglio » dont la tension admirablement maitrisée déclenche la première salve d'applaudissements de la soirée. A la direction enfin de Michael Schønwandt, chef néerlandais qui, entre l’agitation fiévreuse des baroqueux et la rigueur parfois précieuse des tenants de la tradition, aide la soirée à trouver son point d'équilibre.
Pour finir, un conseil qui n'a rien à voir avec le spectacle en lui-même mais qui a son importance. D'une durée de 3 heures, la représentation commence à 19h30 et s'achève peu après 23h avec entre les deux actes une pause de 30'. L'Opéra de Paris vend des sandwichs, deux à trois fois leur juste prix, en quantité suffisamment limitée pour que le stock soit épuisé dès les 5 premières minutes de l'entracte. Il est donc fortement recommandé de venir avec son casse-croute, sauf à se ruer au bar, à suivre un régime draconien, à dîner tard ou à se nourrir de ces notes dont on sait, depuis Joseph II, que Mozart n’était pas avare.
 

 

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