En panne d'originalité

L'Elisir d'amore - Turin

Par Anne Le Nabour | sam 22 Juin 2013 | Imprimer
 
Une mise en scène osera-t-elle un jour départir L’Elixir d’amour de ses traditionnelles meules de foin et de ses paysans mal dégrossis ? Le metteur en scène de la nouvelle production du Teatro Regio de Turin ne s’y est pas risqué. Fabio Sparvoli opte pour des valeurs sûres : des champs moissonnés en fond de scène, des paysans en habits folkloriques et une tonalité générale de jaune et ocre. L’ensemble, agréable à regarder mais peu original, évoque bien la ferme de la riche Adina.
Celle-ci paraît sur le balcon de sa maison, position qui affirme sa supériorité sociale, dans une robe années 50 des plus sexys. D’emblée, la belle Jessica Nuccio séduit : voix ronde et agile, la jeune soprano a tout pour plaire si ce n’est un jeu scénique répétitif dont on finit par se lasser. La deuxième distribution aurait-elle manqué de répétitions ? Le Nemorino d’Ivan Magrì le laisse penser : la gestuelle du ténor italien est empruntée et peu assurée. Le sommet est atteint au moment où Belcore le pousse violemment à terre, le chanteur se laissant tomber de façon saccadée, en deux temps. Qui plus est, la prestation vocale n’est pas des meilleures. Malgré une « Furtiva lagrima » bissée à la demande d’un public en délire, le chanteur semble manquer de souffle. Peut-être est-ce dû aux tempi plutôt lents choisis par le chef d’orchestre, Giampaolo Bisanti, car les passages rapides semblent mieux lui convenir.
 
Le meilleur est à chercher du côté de Belcore et Dulcamara. Le premier, confié à Vito Priante, déploie un timbre riche et des registres bien unifiés, le tout allié à une verve comique irrésistible, notamment lorsqu’ayant perdu son sabre, comme mis à nu, Belcore cache son sexe. Quant au second interprété par Simone Alberghini, il force l’admiration par son aisance en scène et une voix splendide. Vêtu d’un costume bleu satiné, il campe le parfait mafieux sicilien, voleur comme pas deux, magicien à ses heures et charmeur invétéré. Son assistant, aux allures de vieux cow-boy, n’est pas en reste : il va jusqu’à dérober un poulet qu’il apporte à son patron, à peine plumé. L’arrivée des deux acolytes constitue un moment toujours très attendu : elle se fait, non pas dans un « char doré » comme le veut le livret, mais dans une rutilante voiture rouge et noire, par le toit ouvrant de laquelle le Docteur distille ses boniments. Un petit clin d’œil à Turin, capitale de l’automobile ?
 

 

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