Décors dévastés et salle neuve

Madama Butterfly - Freiburg

Par Sylvain Angonin | sam 28 Janvier 2012 | Imprimer
 

 

Comme tous les ans depuis 1986, l’opéra de Fribourg propose une nouvelle production lyrique à son public dont les premières sont traditionnellement programmées les 31 décembre. La production 2011-2012 dérogera à cette règle pour des raisons logistiques. Quelques jours de patience ont été nécessaires afin de faire résonner l’opéra dans la nouvelle salle de spectacle de la ville nommée Equilibre, à juste titre, tant son architecture extérieure est originale. L’opéra choisi pour l’occasion est à la hauteur de l’évènement : Madame Butterfly. En co-production pour la deuxième année consécutive avec la compagnie Opéra-Eclaté, Olivier Desbordes signe la mise en scène.

« Un Japon fragile, démantibulé par l’histoire et les évènements telluriques », c’est ce qu’a voulu montrer le metteur en scène inspiré par les dégâts causés par des bombes atomiques et les récentes catastrophes naturelles qui ont frappé cette région du Globe. L’opéra s’ouvre donc sur un paysage semi dévasté. Une habitation fragile côté cour est entourée de poteaux électriques vacillants. Des planches de bois servent d’accès comme pour éviter aux habitants de marcher sur le sol boueux à force de pluies torrentielles. A mesure que l’intrigue progresse, la maison de Butterfly se décompose, jusqu’à n’être plus qu’une carcasse, témoin d’un monde réel qui s’écroule, emportant avec lui l’héroïne enfermée dans sa rêverie!

 

Sandra Lopez de Haro, qui interprète le rôle principal, n'a pas froid au yeux. Son répertoire comprend déjà tous les grands sopranos pucciniens, Turandot exceptée, et elle annonce préparer Leonora du Trouvère, Elisabetta de Don Carlo et Margarita de Mefistofele ! Cette boulimie de rôles de la part d'une jeune interprète engendre toujours une certaine inquiétude qu'un « Spira sul mare e sulla » vacillant n'apaise pas. Mais dès le deuxième acte, la maîtrise du chant, un timbre frais et une musicalité certaine permettent à la cantatrice d’investir pleinement le personnage aussi bien vocalement que physiquement: Une performance à saluer puisque Sandra Lopez de Haro reprend le rôle dès le lendemain après-midi.

Cristian Mogosan endosse le rôle de Pinkerton avec bravoure. C'est ici la première qualité d'un chant qui ne fait pas dans la dentelle. Des sons nasillards et la fin de certaines phrases musicales trop expédiées exposent toute la difficulté du rôle. A son exemple, Kristian Paul (Sharpless) fait assaut de décibels. On avoue préférer chez le consul des Etats-Unis à Nagasaki davantage de distinction. Toute de subtilité au contraire, Irina de Baghy en Suzuki possède une voix claire et lyrique qui se marie bien avec celle de Sandra Lopez de Haro notamment dans le duo des fleurs.

Dans la fosse, Laurent Gendre, qui a toujours dirigé les opéras de Fribourg, s’en sort avec les honneurs compte tenu de la difficulté de la partition. Les couleurs de l'Orchestre de Chambre Fribourgeois sont un peu acides, l'ensemble manque souvent de sensualité, mais la direction du chef a au moins le mérite d'être clairement suivie.

 

 

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