Belle et lourde Hélène

La Belle Hélène - Lausanne

Par Christophe Schuwey | dim 28 Décembre 2008 | Imprimer
Désormais traditionnel, l’opéra-bouffe-opérette qui fête l’an nouveau à l’Opéra de Lausanne nous transporte cette fois-ci dans cette parodie de la Grèce Antique qu’est la Belle Hélène.
La distribution offre globalement un bilan très positif, avec Maryline Fallot en Hélène sensuelle, tout à fait à son aise tant vocalement que scéniquement, et Sébastien Droy en excellent Pâris. De même pour l’Oreste de Max Emmanuel Cencic, qui en fait des tonnes, mais sans que cela ne lasse. Jean-Marie Frémeau (Agamemnon) et Rémy Corazza (Ménélas) sont parfaitement choisis, très crédibles dans leurs rôles respectifs, et Patrick Rocca, interprète de Calchas, est un acteur de premier plan, qui ne faillit pas non plus dans sa brève partie chantée. En fait, mis à part quelques imperfections lors de l’entrée des rois, c’est un excellent plateau, bien réglé, où les voix, sans être sensationnelles, sont parfaitement adaptées au style d’Offenbach. Dans la fosse, c’est un luxe certain d’avoir l’Orchestre de Chambre de Lausanne, sous la baguette de son directeur titulaire, Christian Zacharias. Sous les tempi plutôt enlevés du chef, la formation sonne toujours aussi belle et propre, bien qu’elle n’ait que peu souvent l’occasion de mettre en valeur ses immenses qualités.
Le parti pris du metteur en scène Jérome Savary est clair dès le départ: quitte à faire de l’opéra comique, autant en faire jusqu’au bout. Dans les points positifs, on apprécie les décors et les costumes pseudo-antiques plutôt réussis malgré leur aspect éminemment kitch : qu’il s’agisse du temple du premier acte, de la chambre de la reine au deuxième, ou de la plage jet-set du troisième, c’est visuellement riche, peut-être un peu écoeurant. Les danses, aussi présentes que le chant, sont globalement très bien exécutées; on n’échappe bien sûr pas aux frenchs cancans finaux, agrémentés de serpentins fluorescents et de confettis violets. Pour le reste, c’est en revanche plus discutable: toute l’action et les dialogues sont ponctués de plaisanteries à répétition, qui, si elles auront su faire rire, savent aussi tirer le spectacle vers la lourdeur. Les références locales pullulent, les jeux de mots plus ou moins réussi également. Il ne s’agit pas de bouder notre plaisir, mais tout cela à tend à déborder de partout et en devient trivial.
Aussi retient-on surtout de ce spectacle cette mise en scène qui rend la musique quasiment anecdotique tant elle prend toute la place. Les gags sont servis à répétition, et on en arrive presque à une caricature de l’opéra comique lui-même. Bien sûr, c’est un spectacle destiné au plus grand nombre, conçu pour être à la portée de tous, mais l’oeuvre a d’autres ressources qui permettent d’autre conceptions, sans rien perdre de son accessibilité. Alors certes, on passe un bon moment, on rigole bien, les décors sont réussis, les bonnes idées sont là, mais tout cela a un côté beauf qui reste un peu sur l’estomac, comme le fait un repas de réveillon inutilement gras...
 
 

 

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