Bain orchestral

La damnation de Faust - Lyon

Par Benoît Berger | dim 29 Juin 2008 | Imprimer
On ergotera sans doute encore longtemps sur la nature de la "Damnation". Vrai faux opéra déguisé en symphonie ; symphonie avec voix ? "Légende dramatique", cela veut tout dire ; ou rien, tout dépend de quel point de vue on observe la partition ! Il faut y voir un avantage ; en l'occurrence celui de laisser au programmateur le choix d'aller dans l'un ou l'autre sens ; voire de s'arrêter à mi-chemin. A Lyon, l'option symphonique a été retenue ; d'autant plus accentuée, même, que l'œuvre est donnée en version de concert.
Et c'est effectivement par sa fibre symphonique, par sa palpitation orchestrale que la production se signale. Non pas, d'ailleurs, que les chanteurs déméritent. Ainsi Lionel Lhote donne un diable très attendu… dans tous les sens du terme. Haut en couleur, en verbe et en son ; plus baryton que basse ; rougeoyant, fuligineux ; prononçant jusqu'à l'extrême. Bref, un Méphisto on ne peut plus traditionnel, ce qui en soit est déjà réconfortant. Attentive au mot, Marguerite ne l'est pas moins. Karneus donne une amoureuse très "textuelle" – et qui ne vit que par là – au chant parfaitement poli, certes, mais auquel la chair manque, comme l'élan amoureux, la sève, l’émoi. Et ce d'autant que son couple est très, très déséquilibré. Son Faust est en effet un récitaliste – au mieux – un pur mélodiste, attaché maniaquement à sa ligne, à observer aussi les indications de Berlioz – tous les aigus en voix de tête sont là. Il faut dire que Vinson Cole n'a guère plus que cette ressource pour exister. Car le timbre est devenu instable, décharné, privé d'harmoniques ; tout lui est devenu cruel et surtout les ensembles dans lesquels il sombre corps et biens. Le duo d'amour en perd toute crédibilité, pour ne pas dire tout intérêt.
Faut-il en pourtant vouloir, vraiment, aux chanteurs ? Oui sans doute, un peu. Mais il faut aussi reconnaître qu’il est bien difficile de laisser une interprétation qui se signale, qui s'imprime dans la mémoire, lorsque Krivine est à la baguette. Car lui est le grand triomphateur de la soirée, attirant tous les regards sur son dos, paradoxalement si expressif ; celui d’un démiurge véritable, d’un maître des sons. Avec un rien, avec un geste, un claquement du talon, Krivine éteint ou soulève les lames de l'orchestre ; Krivine suscite, Krivine lance la course vers l'abîme, Krivine fait chanter les anges – et l’on constate d’ailleurs que le « romantique » Berlioz pourrait bien avoir inventé la musique saint-sulpicienne ! Le maître brosse la fresque à grands traits et – ce n’est qu’apparemment paradoxal – détaille la toile. Il peint le Sardanapale berliozien, réchauffé des bistres de violoncelles, lardé de cuivres – même baveux pour la « Sérénade » de Méphisto – de touches de bois, d'éclairs de piccolos. Il broie les couleurs, inscrit les masses – quel finale de la troisième partie. Krivine aime la partition ; il l'innerve d'amour, de tout ce que ses chanteurs, si bons diseurs n'y mettent pas en animalité pure – Lhote excepté. Krivine cajole ; Krivine ne laisse pas la place au doute : il a LA "Damnation" au bout de sa baguette.
Que dire d’autre ?
Benoît BERGER
 

 

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