Ariodante version allégée

Ariodante - Beaune

Par Anne Le Nabour | sam 04 Juillet 2009 | Imprimer
Pour commémorer le 250e anniversaire de la disparition de Haendel, le Festival international d’opéra baroque de Beaune a choisi de donner en version de concert quatre des ses opéras (écouter notre podcast avec Anne Blanchard, directrice artistique du Festival). Exceptionnellement, en raison des travaux de restauration des Hospices, le concert eut lieu dans la basilique Notre-Dame. Ariodante fur créé en 1735 au Covent Garden de Londres, dans un climat extrêmement tendu, la rivalité avec la troupe de Nicola Porpora battant alors son plein.
 
La distribution est globalement convaincante, le rôle d’Ariodante, composé pour le castrat Carestini, est ici confié à la mezzo- soprano suédoise Ann Hallenberg que l’on a pu découvrir en 2007 dans le même rôle au festival de Spoleto. Elle est apparue beaucoup plus à l’aise en version de concert. Malgré un registre grave pas toujours assez timbré, la voix est capiteuse et agile comme en témoigne l’interprétation virtuose du « Con l’ali di costanza ». « Scherza infida » laissant à l'artiste l'occasion de faire état de son grand talent dramatique. Polinesso, destiné à l’origine à une voix de femme, est chanté par le contre-ténor néerlandais Maarten Engeltjes qui s’est montré très convaincant sur le plan musical : la voix apparaît souple, brillante mais dramatiquement - et les traits juvéniles du contre-ténor n’arrangent rien - l’aspect perfide du personnage demeure absent. Rien à voir donc avec l’interprétation quasi démoniaque d'Ewa Podles sous la direction de Marc Minkovski (Archiv Produktion). Mais, c’est sans conteste la merveilleuse soprano canadienne Karina Gauvin qui a dominé la soirée. Son « Il mio crudel martoro », renforcé par des silences d’une grande tension dramatique, est à fendre le cœur. Très ému, le public l’a d’ailleurs acclamée. Il faut dire que le timbre, tout de rondeur, s’accompagne d’une technique irréprochable, éprouvée dans tous les da capo : celui du « Volate amori » donne le vertige. Face à elle, le roi d’Écosse de Sergio Foresti, stable et puissant, est tout à fait crédible en homme déchiré entre amour et devoir. Quant à Jaël Azzaretti, sa Dalinda fraîche et légère correspond au personnage même si les coupures opérées dans la partition limitent ses apparitions à quelques récitatifs et airs dont le « Neghittosi or voi che fate », aria de fureur qu’elle interprète avec brio. En Lurcanio, le ténor polonais Krystian Adam connaît un sort identique avec seulement deux interventions dont le « Tu vivi, e punito » qui laisse transparaître quelques difficultés techniques dans les vocalises.
 
Musicalement parlant, Federico Maria Sardelli a fait le choix de nombreuses coupures. Supprimer des récitatifs en version de concert est compréhensible, mais amputer l’opéra d’airs et de pièces instrumentales caractéristiques de sa structure est plus gênant. Ainsi le « Vezzi lusinghe » qui ouvre, comme rarement à cette époque, l’opéra par un arioso à la place d’un traditionnel récitatif ; le « Il mio crudel martoro » qui termine le deuxième acte au lieu du récitatif accompagné de Ginevra, phénomène unique dans l’œuvre de Haendel. Le chef italien propose donc une version considérablement allégée d’Ariodante en renonçant de surcroît à toutes les parties dansées, pourtant liées au contexte de création de l’opéra. Haendel avait invité la danseuse française Marie Sallé pour faire concurrence au recrutement de Farinelli par Porpora. Ces coupures sont d’autant plus regrettables que la direction est précise et raffinée. Les musiciens de l’orchestre Modo Antiquo semblent en parfaite osmose avec leur chef : mentionnons le soutien orchestral admirable et dynamique dans le « Scherza infida ». Federico Maria Sardelli parvient à obtenir de ses musiciens une large palette de dynamiques et d’articulations. 
 
Anne Le Nabour
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