A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

La Périchole - Bordeaux

Par Christophe Rizoud | dim 08 Mars 2009 | Imprimer
Jacques OFFENBACH (1819-1880)
La Périchole
Opéra bouffe en trois actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy
D’après la pièce de Prosper Mérimée Le carrosse du Saint-Sacrement.
  
 
 
Nouvelle production
Coproduction Théâtre du Capitole / Opéra national de Bordeaux /
Opéra de Lausanne
 
Mise en scène et chorégraphie, Omar Porras
Décors, Fredy Porras
Costumes, Coralie Sanvoisin
Perruques et maquillages, Cécile Kretschmar
Lumière, Mathias Roche
 
La Périchole : Isabel Leonard
Piquillo : Sébastien Guèze
Don Andres de Ribeira : Marcos Fink
Don Pedro de Hinoyosa : Michel Vaissière
Le Comte de Panatellas : Humberto Ayerbe-Pino
Le vieux prisonnier : Daniel Cappelle
Guadalena / Manuelita : Laure Crumière
Berginella / Brambilla : Martine Olmeda
Mastrilla / Frasquinella : Majdouline Zerari
Le Marquis de Tarapote : Till Fechner
Premier notaire : Luc Seignette
Deuxième notaire : Jean-Philippe Fourcade
Ninetta : Oriane Moretti
 
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Etudes chorales, Philippe Molinié
 
Direction musicale, Pablo Heras Casado
 
Bordeaux, Grand Théâtre, le 8 mars 2009, 15h
 
 

 
En passant de Toulouse à Bordeaux, La Périchole selon Omar Porras n’a pas trouvé la profondeur dont Maurice Salles, dans son compte-rendu, déplorait l’absence. Franche partie de rigolade, elle continue d’oublier allègrement les subtilités amères de la musique d’Offenbach. A partir de l’idée que les femmes sont des fleurs et les hommes des légumes, elle transforme les personnages de la pièce en marionnettes dont la perruque et le maquillage – spectaculaires au demeurant – masquent les sentiments. Les êtres humains au sourire souvent grinçant laissent place à des pantins inexpressifs qui gesticulent dans la bonne humeur et dans le vide...
Pour le reste, on se montrera moins sévère que notre confrère toulousain. Au contraire de lui, on ne trouvera pas que la chorégraphie phagocyte l’action mais que, virtuose, elle lui insuffle un rythme qui fait passer les deux heures et demie de spectacle comme une lettre à la poste. Les gags, souvent drôles, ne franchissent jamais les frontières de la vulgarité quand le livret leur en offre plus d’une fois l’occasion. L’univers sud-américain des frères Porras avec sa fantaisie baroque, ses décors de dessin-animé, ses teintes bariolées correspond à celui de l’ouvrage. Puis, cette Perichole, toute bouffe qu’elle est, n’est pas ficelée à la petite semaine, comme le sont souvent les « opérettes » (genre auquel d’ailleurs elle n’appartient pas ; la confusion est fréquente). Danseurs, figurants, costumes, maquillages, effets spéciaux : les moyens mis en œuvre sont conséquents. Les nombreuses références et clins d’œil finissent d’installer une complicité entre la salle et la scène. Et le public, même si (ou parce que) le versant sombre de l’œuvre lui échappe, ne boude pas son plaisir.
 
Sur le plateau aussi, les moyens priment l’émotion. Les trois protagonistes taquinent plus souvent l’opéra que l’opérette, ce qui, musicalement, tend à rassurer. Les partitions d’Offenbach voient trop souvent des comédiens s’improviser chanteurs. Pourtant, à l’arrivée, c’est la personnalité théâtrale, plus que vocale, des interprètes que l’on retient.
Isabel Leonard a la silhouette mannequin et du tempérament à revendre mais sa voix semble aussi mince que sa taille. Annoncée mezzo-soprano, elle se présente davantage sous le profil de Zerlina que de Carmen. Or, ainsi que le souligne Thierry Santurenne dans le programme du spectacle, l’héroïne de Bizet est cousine de La Périchole. L’une des plus proches d’ailleurs pour un tas de raisons historiques, psychologiques, génétiques (Mérimée, Meilhac, Halévy, l’Espagne, etc.) et vocales : deux tessitures ambigües, à l’ambitus plutôt court mais dramatiques, capiteuses, sombres et brillantes à la fois. En résumé une sensualité troublante quand Isabel Leonard propose un charme mutin.
Sébastien Guéze correspond mieux à l’idée qu’on se fait de Piquillo. De la jeunesse, de l’énergie, une assurance à la limite de l’insolence avec une émission centrale et une voix bien projetée, même si parfois coriace. On entend l’émule d’Alagna dans le ton et la netteté de la diction (c’est un compliment). On attend plus de nuances, notamment dans l’air de la prison, pour être vraiment séduit.
Le baryton un peu terne de Marcos Fink (le frère de Bernarda) prive le vice-roi de cette bêtise et de cette méchanceté crasse qu’on aime à voir ridiculisées. Son accent argentin est charmant mais le rend parfois inintelligible. Tout comme se montrent souvent difficiles à comprendre les seconds rôles, exception faite des truculentes cousines, Martine Olmeda et Majdouline Zerari, et du Panatellas de Humberto Ayerbe-Pino qui, à un chant réjouissant, ajoute la maîtrise du pas de ragtime.
 
La direction de Pablo Heras Casado, soutenue par des chœurs et un orchestre autant gorgés de soleil que capables de clairs-obscurs, balaye d’un coup de baguette toutes les réserves.
 
Christophe Rizoud.

 

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