A l'école des dieux

Orphée aux Enfers - Aix-en-Provence

Par Christophe Rizoud | sam 11 Juillet 2009 | Imprimer
« Opéra et mythe », le thème choisi par Bernard Foccroulle et son équipe pour cette nouvelle édition du Festival d’Aix-en-Provence est large. Orphée aux enfers y trouve naturellement sa place mais ni plus ni moins qu’une bonne partie du répertoire tant l’art lyrique puise souvent à la source mythologique. Le caractère léger de l’ouvrage d’Offenbach – dans sa version initiale de 1858 ou presque1 – avec un orchestre qui n’oblige jamais à chanter en force, sa large palette de rôles, son caractère formateur tant au niveau du chant que de la scène, en font surtout un morceau de choix pour l’Académie européenne de musique, une institution fondée en 1998 par Stéphane Lissner, qui accueille chaque été une soixantaine de jeunes espoirs lyriques. Occasion leur est ainsi donnée de développer leurs talents au contact d’artistes reconnus : Yves Beaunesne, metteur en scène d’opéras et de théâtre dont le Werther et le Rigoletto furent remarqués ces dernières saisons à Lille ; Alain Altinoglu, premier chef invité, entre autres, de l’Opéra National de Montpellier. A cet encadrement de qualité s’ajoutent des moyens dignes des autres productions du festival. Ainsi Orphée aux enfers bénéficie d’un site prestigieux – la cour de l’Archevêché – de costumes et de décors luxueux. Yves Beaunesne transpose la pièce dans les années 1940 et la déploie sur les quatre étages d’une maison bourgeoise, de la cuisine (la demeure d’Orphée) aux combles (les Enfers) en passant par la salle à manger (l’Olympe) et la chambre (le boudoir de Pluton), le tout dans le plus grand respect de l’œuvre, sans concession au mauvais goût, ni abus de gags et de french cancan. Tout juste verra-t-on Eurydice en tenue un peu légère au 2e acte, Aristée faire son entrée sur des patins à roulettes, Mercure à bicyclette et les Grâces surgir sous forme de sculpture du dessus de la cheminée qui décore l’Olympe. Voilà donc un Orphée de bon ton que la direction d’Alain Altinoglu sait rendre encore plus respectable. A la tête d’une Camerata de Salzbourg policée, le chef ose quelques effets de dynamique (le couplet des métamorphoses) et de timbales sans jamais céder à la folie qui traverse la partition. On le sent d’abord attentif à ne pas malmener sa jeune troupe, lui donner le soutien nécessaire pour qu’elle déploie sans les froisser ses premières ailes.
   
Déjà, c’est inévitable, certains montrent plus de facilité que d’autres. Jérôme Billy se taille la part du lion dans le rôle de John Styx, pensé à l’origine pour Blache, comédien avant d’être chanteur, ce qui explique la modestie des moyens vocaux nécessaires aux couplets du roi de Boétie et l’importance de la partie parlée. Dans un numéro hilarant, mélange d’imitations – Brel, Brassens – et de pastiches – L’elisir d’amore, Carmen, etc – le jeune ténor  expose un talent comique qui lui vaut une salve d’applaudissements. On remarque aussi le timbre, le phrasé et l’assurance de Mathias Vidal en Aristée, rôle qui pour le coup ne lésine pas sur les difficultés vocales, et le Cupidon d’Emmanuelle de Negri dont le couplet des baisers parvient à dégeler le public, toujours un peu guindé, de l’Archevêché. Pauline Courtin, Eurydice idéale par la silhouette et la fraîcheur, a beaucoup – trop ? – écouté Natalie Dessay et ose avec plus ou moins de bonheur moult variations dans le suraigu. Vincent Deliau, en Jupiter, a encore du mal à trouver le difficile mais nécessaire équilibre entre fantaisie et autorité. Julien Behr est un Orphée bien sage pour un mari volage. Bref, la plupart de ces jeunes élèves a encore un peu de chemin à parcourir avant que les fruits ne tiennent la promesse des fleurs ; rester, comme ils le sont, enthousiaste et sincère mais paraitre un peu moins scolaire.
 
 
1 Le rondo-saltarelle de Mercure ; l’air en prose de Pluton ; le couplet des regrets et le couplet des baisers proviennent de la version de 1874.
 

 

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