A déguster sans façon !

L'elisir d'amore - Paris (Bastille)

Par Marcel Quillévéré | jeu 15 Octobre 2009 | Imprimer
Un régal que cet Elisir d’Amore à l’Opéra Bastille, reprise de la production de 2006 mise en scène par Laurent Pelly. En ce 15 octobre, Giuseppe Filianotti, souffrant, était remplacé par Charles Castronovo (en deuxième distribution) qui avait chanté, la veille, Mireille à Garnier : un véritable défi quand on connaît l’investissement théâtral et physique qu’exige des chanteurs une mise en scène de Laurent Pelly.
 
Dès le lever de rideau, l’air chaud des moissons d’été de la plaine du Pô vous enveloppe. Déjà, au Grand Théâtre de Genève en 1997, le metteur en scène britannique Stephen Lawless avait parfumé son Elisir d’odeurs de grange et de foin, mais alors qu’Engels, son décorateur, lorgnait du côté de Senso de Visconti, Laurent Pelly et Chantal Thomas, qui signe ici l’un de ses plus beaux décors, nous entraînent, eux, vers le cinéma italien des années 50. Anna Netrebko a de faux airs de Claudia Cardinale dans La Fille à la Valise de Valerio Zurlini, et comme dans ces films, les copines se pomponnent, au crépuscule, pour le bal du samedi soir ; les chiens aboient au loin ; le néon de la trattoria et l’ampoule du poteau électrique nappent d’une lumière vacillante la nuit d’été où s’égarent les scooters et les cœurs. Tout est mené à fond de train et le metteur en scène dessine à merveille, dès la première scène, le rapport érotique entre Nemorino et Adina. Pelly en fait deux personnages complexes et hauts en couleur : Adina est une pimbêche peu sûre d’elle-même et Nemorino tout sauf le benêt habituel. C’est un naïf drôle et rebelle dont la ténacité a suffisamment de ruse pour apprivoiser Adina qui n’attendait que cela. La maréchaussée (Belcore et ses acolytes) n’a pas oublié la parade fasciste et le colporteur Dulcamara, n’est qu’un désabusé qui vend sa camelote en camionnette, de village en village. On rit beaucoup, mais on s’émeut aussi plus d’une fois. C’est un spectacle dont on retient avant tout une chose : sa poésie.
 
Sur scène, un couple de rêve qui est accueilli triomphalement au salut final. Anna Netrebko chante le rôle avec une facilité déconcertante, un plaisir évident et la légère distance qu’on lui connaît sied très bien au personnage. La voix est belle, fruitée, égale sur toute la tessiture, et la technique, virtuose. Charles Castronovo lui ravirait presque la vedette car à l’art du chant, il joint un talent d’acteur époustouflant. Sa voix de ténor lyrique léger porte très bien, sa prononciation de l’italien est remarquable, son timbre chaleureux et sa « Furtiva Lagrima » a des couleurs dignes de Schipa ou de Valetti avec des piani de rêves qui déchaînent l’enthousiasme du public (Quelle belle idée ces petites lumières, protectrices de ses amours, qui descendent des cintres comme des étoiles filantes au ralenti !). George Petean campe, d’une belle voix franche, un Belcore caricatural à souhait. Jaël Azaretti est délicieuse en Giannetta et Paolo Gavanelli, familier du rôle, conquiert le public par l’exubérance de son personnage. Sa voix, cependant, a semblé un peu fatiguée, comme feutrée. Le souffle, souvent paresseux, l’oblige à pousser certaines notes forte ou aigues et, du coup, le chanteur nous semble fâché plus d’une fois avec la mesure.
 
Le chef Paolo Arrivabeni connaît son Donizetti sur le bout des doigts. Il le dirige avec raffinement et une agréable bonhomie. Sous sa battue, l’orchestre ne craint pas de jouer avec délicatesse, malgré la trop grande dimension de la salle. Dans le tourbillon général, il parvient à garder le rythme et la cohésion de ses troupes.
 

 

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