Coââ-coââ couac !

Platée - Royaumont

Par Christophe Rizoud | dim 29 Septembre 2019 | Imprimer

A la recherche d’arguments en défaveur des versions de concert, on prendra pour exemple Platée proposé en matinée au Festival de Royaumont avant d’être repris le 2 décembre prochain au Théâtre des Champs-Élysées. La forme rectangulaire du Réfectoire des moines impose aux musiciens de se serrer sur une estrade placée dans la longueur de la salle, trop étroite pour que les chanteurs disposent d’une chaise en plus d’un pupitre. La représentation devient une valse d’entrées et de sorties préjudiciable au rythme de la pièce. Les interactions entre interprètes se trouvent limitées. Un petit tour de chant et puis s’en va d’autant plus vite que les airs chez Rameau sont brefs.


© Festival de Royaumont

En l’absence de consignes scéniques, de décors et de costumes, il s’agit de faire preuve d’imagination. Tous ne sont pas également inspirés. Hasnaa Bennani chante Junon courroucée de la même manière que Clarine dolente. Satyre trop sage dans le prologue, Arnaud Richard est ensuite un Cithéron sur la réserve. Anders J. Dahlin peine à se glisser dans la peau de la nymphe batracienne et oublie de saisir les perches tendues par le livret – les « coâ » qui font Platée drôlement ridicule. Privée d’impact, la voix semble chercher ses repères, entre registre de tête et de poitrine. La vraie haute-contre, aiguë, souple et agile, n’est pas celle qu’on pense. En Thespis puis Mercure, Nicholas Scott déborde de la fantaisie qu’il faudrait à son partenaire.

De la Folie, Chantal Santon Jeffery possède le tempérament, à défaut de la technique échevelée, condition nécessaire pour que la démence dont le rôle se veut l’allégorie soit également vocale – sauf à considérer que Rameau sans trille soit forme de folie. Momus dans la première partie, Thomas Dolié est un Jupiter réjouissant, ne serait-ce que par le décalage entre la probité d’un chant sanglé dans la diction et les égarements d’un dieu si peu jupitérien – le sens de l’adjectif est désormais établi. Le Jupin offenbachien n’est pas loin. Momus dans la 2e partie, Victor Sicard réussit à nous faire regretter son absence dans la première. Cet élève du Jardin des Voix a de la présence en plus d’une émission naturelle.

A la tête de son ensemble Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko se démène comme un forcené pour transmettre aux musiciens l’énergie dont il déborde. La vivacité du tempo tente de pallier l’absence de relief et de contraste. En vain. Ballet et comédie, l’opéra bouffon de Rameau se trouve finalement amputé de l’un et de l’autre.

 

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