Majestueux mais difficile...

Mozart, Requiem - Saint-Denis

Par Clément Taillia | ven 30 Juin 2017 | Imprimer

Pour le Festival de Saint-Denis, la majestueuse basilique dans l’enceinte de laquelle se déroule l’essentiel de la programmation, et où s'achevait le 30 juin, avec le Requiem de Mozart, l'édition 2017, est tout autant une chance qu’un défi. Si l’on trouvera difficilement un cadre plus émouvant pour y magnifier avec ferveur les grands chefs d’œuvre du répertoire, on cherchera tout aussi longtemps une acoustique à la réverbération plus accentuée, terrible lessiveuse des lignes musicales, des harmonies et des plans sonores, n’offrant ses secrets qu’aux musiciens qui savent apprivoiser l’écho.

L’écho, James Gaffigan le cherche avant tout « en interne », qui veut explorer les résonnances naturelles entre les pupitres de l’Orchestre National de France et les voix de Radio-France avant d’exploiter celle des lieux. Les contrebasses, les violoncelles, les percussions pour l’orchestre, les hommes pour les chœurs, forment l’épais tapis où les lignes mélodiques doivent se lover pour en mieux ressortir. Ainsi, les tempi sont amples, les sonorités rondes, les solos fondus dans la pâte chorale et orchestrale. Le choix de voix solistes opératiques vient encore confirmer que nous sommes loin d’un Mozart historically informed : Marita Solberg et Karine Deshayes ont les timbres opulents de vraies belcantistes, Joseph Kaiser ressemble à un Lensky égaré au pays de l’oratorio, Alexander Vinogradov projette aisément ses graves.

La réussite de cette lecture se situe à des niveaux contrastés : on admire que les lignes du «Kyrie eleison » soient à la fois profuses et intelligibles, on est impressionné par la noirceur du « Dies irae », on écoute en retenant son souffle le lancinant dialogue des cordes au début du « Lacrimosa » – les mesures où, sans doute, le travail de Gaffigan prend sa pleine signification. Mais dans le « Sanctus », où chant et roulis de percussions sont prodigués par grands aplats, les nuances se font rares,  et l’ « Agnus Dei » peine à répandre sa pleine lumière. A l’issue d’un « Lux Aeterna » renouant avec les sommets, on quitte la basilique en ayant entendu un concert à la fois grandiose et difficile, comme peuvent l’être les plus grands édifices…

 

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