25 ans et pas une ride !

Madama Butterfly - Berlin

Par Thierry Bonal | jeu 28 Avril 2016 | Imprimer

Cette Butterfly du Staastsoper Berlin est une valeur sûre. Pour sa 99e représentation dans une mise en scène de 1991 elle fait encore salle comble. L’équilibre de la distribution et la sobriété de la scénographie sont les clefs de ce succès.

Sous la baguette de Stefano Ranzani, l’orchestre de la Staatskapelle est à son meilleur niveau. Les pages de la partition livrent ici toutes leurs nuances de tension, de sophistication, d’épure et de cruauté susceptibles d’évoquer l’univers de l’empire du soleil levant à nos oreilles. Le pupitre des percussions est tout particulièrement remarquable avec une amplitude dans l’intensité de son jeu toujours très subtile.

Visuellement il en va de même. La mise en scène d’Eike Gramss ainsi que le décor et les costumes de Peter Sykora sont subtilement japonisants. Tantôt une démarche à petits pas, quelques cloisons amovibles en papier, des kimonos pastel serrés d’obis soyeux, son lot d’ombrelles peintes et le tour est joué. Rien de trop ni de trop peu. Par ailleurs le jeu des chanteurs reste dans un registre réaliste. Point de Goro sournois ni de Yamadori grotesque. Le ton de la tragédie qui se prépare est donné au point de rendre la tension palpable.


© Monika Rittershaus

Le plateau des chanteurs est également appréciable. Ermonela Jaho campe une Cio-Cio-San irréprochable. Sa large palette de couleurs et son amplitude vocale lui permettent de traduire admirablement la succession des émotions qui l’habitent. A ses côtés, Stefano La Colla (Pinkerton) offre une égale puissance dans ses aigus et son timbre particulièrement clair et pur renforce le caractère irréfléchi du personnage. La Suzuki interprétée par Katharina Kammerloher est simple et juste tandis que son « duo des fleurs » avec Butterfly est parfaitement équilibré. Le léger vibrato qui altère la voix d’Alfredo Daza est le bienvenu dans le rôle du consul Sharpless car il laisse deviner la tendance alcoolique du personnage que des années passées en extrême orient l’ont certainement conduit à développer. Jürgen Sacher incarne un Goro à la vocalité suffisamment élaborée pour être crédible en asiatique. Les autres protagonistes (Arttu Kataja, Scott Wilde, Natalia Skrycka) contribuent par leur interprétation à assurer le succès de la soirée.

 

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