Andreas Schager, il a mangé du lion

Lohengrin - Vienne (Staatsoper)

Par Maximilien Hondermarck | dim 28 Octobre 2018 | Imprimer

Mais quel champion ! Jetez un œil sur la fiche Operabase d’Andreas Schager : c’est proprement stupéfiant. En six mois, trois séries de Parsifal (Berlin, Paris, Bayreuth), deux de Tristan (Berlin, Paris), un Max du Freischütz pour le plaisir. Pour les six prochains : deux fois les deux Siegfried (à Hambourg et à New York), un Tannhäuser, deux Strauss (dont une prise de rôle), et encore un Tristan. Au milieu de ce tourbillon, voilà l’Autrichien à la maison pour sa prise de rôle dans Lohengrin, dernier des grands rôles wagnériens abordé depuis le début de son ascension façon Blitzkrieg (2009 !). Lohengrin en apothéose, contre-intuitif ? Un simple concours de circonstances, on imagine, dans cette carrière si jeune et si incroyablement remplie. Un choix peut-être, pour infuser le héros romantique des parfums du wagnérisme le plus chimiquement parfait, pour en faire un quasi-Siegfried, ou un presque-Tristan. C’est réussi. On ne dit plus rien de la voix en elle-même : la projection, l’impact fou, la diction souveraine, l’engagement du souffle. On ne dit mot non plus de la déception que nous inspire son « In fernem Land », trop plein d’agitation (un illustre collègue a tué l’air pour un bon moment). Ce qui scotche surtout, dans la voix et aussi dans le personnage, c’est cette sorte d’abattage monstrueux qui ravage tout sur scène, l’ivresse sans la gueule de bois, la rage sans la violence. Schager, c’est cet animal blessé qui traverse cinq heures de spectacle sans jamais lâcher la bride ; pourvu qu’il ne s’épuise pas. Chapeau l’artiste.

En face, il faut du répondant. Quelle bonne idée de lui avoir adjointe Elza van den Heever ! Son Elsa n’est pas la plus attendue du petit monde lyrique : elle n’en est que plus admirable. Ce n’est qu’une demi-surprise, tant on a déjà admiré chez la sud-africaine la conduite de la ligne, l’impeccable musicalité, la couleur chaude mais aussi la mélancolie du timbre. Mais c’était jusqu’ici dans un autre répertoire (en est-ce pourtant vraiment un autre ?) : Verdi, Donizetti, Bellini. Chez Wagner, la leçon de style se double d’une incarnation princière : on n’est vraiment pas loin des meilleures Elsa (au hasard, d’une Harteros). Autour, des joies diverses. L’impeccable roi de Kwangchul Youn impressionne mais peine à imposer une personnalité. Evgeny Nikitin n'est pas dans son meilleur jour : son Telramund est bien sonore, mais pas loin d’être débraillé. Les maléfices de Petra Lang nous fichent toujours la trouille d’Halloween, mais ce sont ses aigus qui vont bientôt nous faire peur.

Les forces vives du Staatsoper nous donnent à entendre ce qu’est une grande maison. Orchestre au cordeau, si ce n’étaient les faussetés des suraigus chez les cordes (mais quels cuivres, quel violoncelle !). Simone Young tient sa phalange avec autorité, un grand sens du discours et une attention de chaque instant au plateau. Ce n’est pas révolutionnaire, mais c’est tout de même rondement mené. Forte impression des chœurs, surtout masculins, renversants.

La mise en scène d’Andreas Homoki, déjà reprise plusieurs fois depuis 2014, donc sans doute affadie, a été largement commentée (dans ces colonnes, par Yannick Boussaert et Pierre-Emmanuel Lephay), sans que personne ne puisse vraiment dire ce qu’elle apportait à l’œuvre. La réponse est probablement : rien de neuf, et même un peu d’ennui. Restent des effets de masses assez saisissants, des duos (dans le II surtout) pas trop mal agencés et une danse du cygne involontairement comique. Vous avez compris que l'essentiel était ailleurs.

 

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