Klaus Florian Vogt, un Lohengrin de légende

Lohengrin - Berlin

Par Thierry Bonal | jeu 05 Mai 2016 | Imprimer

Bien que cette production de Lohengrin au Deutsche Oper Berlin ne soit pas source d’émerveillement scénique et que certains aspects de la mise en scène demeurent obscurs, ainsi que nos précédentes recensions de 2013 et 2015 le relatent, sa qualité d’interprétation justifie d'en rendre compte une nouvelle fois de cette soirée.

L’orchestre dirigé par Axel Kober adopte des tempi plus lents qu’à l’accoutumée laissant ainsi aux motifs de l’œuvre le temps de se déployer et d’atteindre progressivement leur paroxysme. Une nouvelle fois les cuivres et des percussions rutilent sans pour autant étouffer les autres pupitres. Dans cette exécution magistrale, seuls les chœurs accusent quelques légers décalages.

Sur la scène, le Lohengrin de Klaus Florian Vogt est impressionnant de simplicité et de vérité. Ses attaques sont d’une douceur extrême, son émission nette, limpide et claire le rend toujours très audible sans aucun effort apparent, même lorsqu’il fait face au fracas de l’orchestre et au tumulte des chœurs. Nulle nécessité pour lui d’assener une frappe vocale pour s’imposer, la matière sonore dont il nous enveloppe suffit à transmettre l’émotion.

Manuela Uhl est toujours très imprégnée du personnage halluciné d’Elsa. Cependant elle est vocalement moins généreuse qu’à sa prise de rôle dans cette production en 2012. Peut-être tente-t-elle de faire montre d’une plus grande douceur à l’instar de son partenaire ? Cette économie de moyens a néanmoins pour résultats de la rendre absente des tableaux d’ensemble et frustrante par ses éclats insuffisamment percutants.

Dans le rôle du roi Henri, Günther Groissböck nous livre une interprétation admirable. Le timbre sombre de sa voix agit de manière très sonore notamment dans les ensembles au sein duquel il se fait une place de choix.

Simon Neal incarne un Friedrich von Telramund captivant, tant par les différents tons qu’il adopte pour refléter les états d’âme du personnage que par son jeu traduisant les tourments qui l’animent.

Le héraut de Bastiaan Everink est en retrait par rapport au reste de la distribution. A l’instar d’Elsa, la reprise du rôle dans cette production a eu raison de son jeune enthousiasme. Ses interventions sont désormais moins empruntes de grandiloquence et semblent quelque peu mécaniques.

Enfin, bien que puissante et brillante, la prestation vocale d’Anna Smirnova en Ortrud reste dénuée de caractère et de noirceur rendant ainsi l’acte II plus long qu’à l’ordinaire.

 

 

 

 

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