Wagner pour les pas nuls

Découvrir Richard Wagner

Par Jean-Philippe Thiellay | mar 02 Avril 2013 | Imprimer
 
Les éditions Ellipses ont investi depuis quelques années le champ lyrique, avec plus ou moins de succès mais toujours avec astuce. Pour l’année Wagner, le choix s’est intelligemment porté sur un créneau insuffisamment exploré jusque-là : celui d’une présentation analytique et d’angles d’attaque très variés. Avec cet ouvrage collectif dont la rédaction a été coordonnée par Elisabeth Brisson (déjà auteur de La musique classique en clair et d'Opéras mythiques) et René Palacios (qui a signé L’opéra en clair), on est bien loin du monumental Dictionnaire encyclopédique Wagner, publié chez Actes Sud en 2010 ou d’essais polémiques que 2013 a vu fleurir.
Le plan de l’ouvrage et la démarche intellectuelle sont soignés. En une soixantaine de pages, la première partie retrace la biographie de Richard Wagner et mêle habilement le récit des principales étapes de sa vie et le détail de ses grandes créations. Le choix de confier les chapitres, découpés chronologiquement, à des auteurs systématiquement différents implique parfois quelques redites mais l’ensemble se lit bien. La deuxième partie, intitulée « L’atelier », s’attache à décortiquer l’amont et l’aval de la création wagnérienne, le terreau musical dont il s’est nourri (Gluck, Beethoven, Meyerbeer et Bellini y ont leur place), les influences qu’il a subies, notamment philosophiques, son univers mythique (chapitre brillamment pris en charge par le collaborateur de Forum Opera, Fabrice Malkani) et, bien sûr, la portée révolutionnaire de son œuvre. Tout cela est présenté de manière claire, rapide sans doute – Schopenhauer et Nietzsche sont réglés en deux pages chacun - , mais telle est la loi du genre. Le mélange de l’approche politique, historique, musicale et théâtrale expose ainsi très clairement la notion de Gesamtkunstwerk, l’œuvre d’art totale.
Le dernier chapitre est consacré aux « Passions et malentendus ». Les liens avec l’antisémitisme et le nazisme font l’objet d’un recadrage utile, notamment chronologique (Hitler est né six ans après la mort du compositeur), sans que l’antisémitisme de Wagner et la collusion d’une partie de ses héritiers avec le troisième Reich ne soient minimisés. On trouvera notamment une présentation synthétique et efficace de l’histoire du festival de Bayreuth, jusqu’au scandale finalement anecdotique provoqué par les tatouages d’Evgeny Nikitine, en juillet 2012 (que l’on retrouve mentionné au moins trois fois dans l’ouvrage).
Sur un plan musical, si le texte relatif à la direction d’orchestre, signé de Laurent Ronzon, apporte un éclairage stimulant sur le travail du chef, on ne peut que regretter l’absence d’une véritable analyse de la vocalité wagnérienne et des types de voix, que la présentation détaillée de la mort d’Isolde par la jeune soprano Vanessa Le Charlès ne saurait remplacer. De même, les « petites réflexions sur l’enregistrement des opéras wagnériens », qui ne tient pas lieu de discographie en bonne et due forme, comporte plusieurs imprécisions qui agaceront le spécialiste*.
Tout cela, aussi peu que certaines petites erreurs qui auraient pu être éliminées moyennant une relecture attentive (le créateur du Hollandais volant n’est pas le « ténor Wächter », mais le baryton-basse Johann Michael Wächter), ne vient pas gâcher une lecture plaisante, riche, et adaptée surtout à l’amateur de lyrique désireux de compléter sa connaissance de Wagner.
* Wotan n’est pas principalement une basse profonde (p. 174) ; Margaret Klose n’incarne pas Elsa dans le Lohengrin dirigé par Heger en 1942 mais Ortrud ; le premier âge d’or de Bayreuth, avec Lauritz Melchior, Barbara Kemp ou Frida Leider n’a rien à voir avec le troisième Reich (p. 176) ; le Ring dirigé par Karl Böhm et publié par Philips ne date pas de 1967 et 1971 mais de juillet 1966 et 67, avant d’être gravé en microsillon en 1973 (p. 177) ; le prénom de Jon Vickers ne prend pas de h (p. 178) ; Furtwängler a enregistré Tristan pour EMI en 1952 et non en 1953 (p. 179) ; Karajan a enregistré les Meistersinger en décembre 1970 non avec les Berliner Philharmoniker, mais avec la Staatskapelle de Dresde (p. 180)
 

 

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