Une déclaration d’amour

Denise Duval

Par Clément Taillia | sam 19 Juillet 2008 | Imprimer
La clé de cette biographie signée Bruno Bérenguer se trouve dans le chapitre qui s’appelle « Envoi », et qui tient lieu d’épilogue : l’auteur y révèle, non sans émotion, qu’il doit à la discographie de Denise Duval sa découverte de l’art lyrique. Amateurs d’analyse objective et d’esprit critique s’abstenir : ce livre est l’œuvre d’un admirateur, une déclaration d’amour à celle qui l’a initié aux beautés et aux mystères de la voix.
Livre de fan, assurément, mais pas de n’importe quel fan. Bruno Bérenguer ne se contente pas d’aduler perpétuellement la soprano française, et étaye son propos par une remarquable documentation. Une foule de coupures de presse, de photographies et de lettres (certaines de celles envoyées par un Poulenc enamouré sont éditées en annexe) font de cette biographie un témoignage précieux de toute une époque : celle des troupes. A l’heure où plusieurs chanteurs français, dont certains furent d’ailleurs collègues de Denise Duval (Gabriel Bacquier…), souhaiteraient les voir se refonder dans les grandes maisons françaises, de tels témoignages sur la vie et sur les tournées des troupes, à Bordeaux, à l’Opéra-Comique puis à l’Opéra de Paris, prennent un relief certain. L’organisation de l’ouvrage, plutôt chronologique, a par ailleurs l’intelligence de se focaliser sur la carrière de Denise Duval, et de ne pas évoquer bruyamment une vie privée dont raffolent trop souvent les zélateurs des grandes divas. C’est que le portrait que dresse Bruno Bérenguer n’est pas celui d’une diva, d’une vedette de l’art lyrique. Malgré la Scala, malgré les tournées aux Etats-Unis, Duval n’en fut pas vraiment une, à l’époque de Callas et de Tebaldi. Plus qu’une star, c’est un caractère qui nous est décrit, un caractère espiègle, entier, aventureux, et auquel on ne tarde pas à s’attacher. L’histoire de Denise Duval, c’est aussi (et surtout !) l’histoire d’une muse : celle de Francis Poulenc, son « Poupoule », qui composât pour elle Blanche, dans le Dialogue des Carmélites, et l’héroïne unique de la Voix Humaine. Les passages les plus intéressants (et les plus tendres, aussi) du livre sont sûrement ceux qui évoquent cette relation particulière entre la soprano et le compositeur.
Bien sûr, Denise Duval, c’est aussi des controverses : sa Manon, qui demandait une autre voix, une autre chair, sa Mélisande, qui paraît-il n’avait pas le naturel d’Irène Joachim. C’est aussi un retrait de la scène très prématuré, à seulement 44 ans (1965, comme les funestes Norma de Callas : année maudite !), qui a été accéléré peut-être par un rythme de carrière effréné, peut-être par des choix inadéquats… c’est bien là que Bruno Bérenguer est critiquable : jamais le moindre doute n’est émis sur sa chanteuse. Jamais le mythe n’est interrogé – comme si cela revenait à vouloir le rabaisser. « L’amour véritable s’enveloppe toujours des mystères de la pudeur », disait Balzac. En ce cas, c’est bien d’un livre amoureux dont il s’agit ici, et qui sait rendre à une légende vivante du chant français un hommage aussi vibrant que vivant.
 

 

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