Dictionnaire amoureux de Schubert

Un hiver avec Schubert

Par Clément Taillia | dim 17 Janvier 2016 | Imprimer

Ceux qui ont lu son Dictionnaire amoureux du piano ont peut-être remarqué que c’est dans les quelques pages évoquant Franz Schubert qu’Olivier Bellamy, bien connu des auditeurs de Radio Classique, se montrait le plus éloquent, le plus passionné, le plus touchant. Un approfondissement s’imposait ; il est arrivé avec cet Hiver avec Schubert. L’esprit des « dictionnaires amoureux » demeure tout au long de ces pages : c’est avec une subjectivité revendiquée, une liberté de ton qui s’affranchit de la chronologie, des découpages thématiques et de l’ambition à l’exhaustivité que ce livre a été écrit. Si les « accords brisés », les « rythmes pointés » et les « motifs répétés » égrainés au long des œuvres de Schubert sont décrits dès les premières pages, c’est pour nourrir une réflexion sur la place qu’y occupe le Temps, « temps élastique » ou « évanoui », fait de « digressions » et de « reprises insensées ». Si un très juste rappel sur ses pièces liturgiques est effectué, c’est prétexte à évoquer son rapport à Dieu. Si de brefs rappels chronologiques figurent en bonne place, c’est pour tenter de tracer un caractère et de croquer des amis, et les évocations de la Vienne de l’époque ou du climat politique d’alors n’ont pas d’autre objet que la peinture d’une toile de fond dont Franz Schubert, beau, sinon toujours authentique, se détache seul. Sans vrai travail, sans épouse, apparemment indifférent à la renommée : le Schubert de Bellamy ressemble au fameux promeneur du tableau de Friedrich. Structuré en une quarantaine de chapitres, le livre ne cherche pas non plus à hiérarchiser entre le factuel et l’imaginaire, l’objectif et le subjectif, le scientifique et le ressenti. Evoquant pêle-mêle les sonorités des œuvres de Schubert, sa technique pianistique relativement modeste, la postérité, sa conquête progressive de la symphonie, Beethoven et l’homosexualité, les différentes parties de l’ouvrage n’évitent pas toujours les écueils propres à l’exercice ; mais chaque fois que l’impression remplace les faits, que le goût de l’anecdote sursoit l’analyse, c’est avec une sincérité qui donne envie d’écouter ou de réécouter tout le legs d’un compositeur résolument à part.

 

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