Plus que jamais dans l'air du temps

Opéra et mise en scène, vol. 2

Par laurent bury | lun 16 Novembre 2015 | Imprimer

Bon, d’accord, on s’étripe entre Kaufmannolâtres et Alagnophiles. Mais à part ça, pour quoi s’empoigne-t-on aujourd’hui ? Pour, et surtout contre, le taureau de M. Castellucci dans « son » Moïse et Aaaron. Contre, et surtout pour, la liberté prise par M. Tcherniakov dans sa production de Dialogues des carmélites. Autrement dit, et ce n’est un secret pour personne, si l’opéra prête encore à débats et à controverses, c’est grâce à l’art de la mise en scène, qui a su réveiller un genre où, vers le milieu du XXe siècle, la voix régnait encore en souveraine mais où le théâtre était moribond.

C’est en 2007 que L’Avant-Scène Opéra décida de se pencher spécialement sur la question, avec un premier volume confié à Christian Merlin (n° 241). Devaient suivre quatre numéros exclusivement consacrés à un metteur en scène : chaque été depuis 2012, Robert Carsen, Olivier Py, Patrice Chéreau et Peter Sellars ont été honorés tour à tour, ouvrages qui constituent désormais des références sur ces artistes. Huit ans après, il semble s’être passé assez de choses pour justifier un nouveau volume (n° 289), qui reflète l’apparition de nouveaux créateurs et de nouvelles tendances dans le microcosme de la mise en scène lyrique. 

Un article dû à Timothée Picard, maître d’œuvre de ce volume, évoque la « revanche de l’amateur », à présent libre de proclamer haut et fort son opinion, grâce à Internet ou à divers sites accueillant la parole des usagers : par un curieux hasard, c’est souvent pour protester contre la mise en scène que les anonymes prennent la plume, rejoignant ainsi les auteurs de quelques pamphlets réactionnaires qu’étudie Alain Perroux. Mode qui pourrait fort bien n’avoir été qu’un feu de paille, les spectacles historicisants et éclairées à la bougie sont resitués par Emmanuel Reibel dans le cadre d’une tendance – inquiétante ? – à « patrimonialiser la mise en scène », à l’heure où, par un processus inverse, se multiplient les nouveaux modes de diffusion (dans les cinémas, en live streaming, etc.) permettant d’accueillir un nombre de spectateurs toujours plus grand.

Après les neuf articles de fond vient l’analyse de dix productions marquantes. Bien sûr, on pourra discuter du bien-fondé de tel ou tel choix – Benoît Jacquot pour illustrer les nouvelles orientations de la mise en scène d’opéra, vraiment ? Après avoir réussi un sublime Didon et Enée, Deborah Warner atteindra-t-elle jamais à nouveau ce degré d’excellence ? – et certains spectacles justifient leur présence moins par leur réussite intrinsèque que comme résumé d’une carrière (Stefan Herheim a livré des spectacles peut-être convaincants que Les Vêpres siciliennes de Londres) ; pourtant, ces dix titres représentent bien la diversité de ce qu’on peut voir aujourd’hui dans les théâtres les plus audacieux. On regrettera telle ou telle absence, comme celle de Barrie Kosky, rapidement mentionné par Christian Merlin dans son tour d’horizon initial, absence sans doute liée au peu de productions vues en France jusqu’ici.

Enfin, après divers entretiens avec des personnalités en vue (Robert Lepage, Ivan Alexandre, Romeo Castellucci et Christophe Honoré, plus un extrait d’Italienne scène de Jean-François Sivadier), on trouvera un fascinant dossier de quelque 25 pages sur « les coulisses d’une production », en l’occurrence l’Alcina proposée l’été dernier au festival d’Aix : on y donne la parole au chef, aux chanteurs, à la metteuse en scène, mais aussi à ces acteurs essentiels mais invisibles qui œuvrent dans l’ombre, ceux que Forum Opéra s’emploie à célébrer dans son nouveau dossier, « Les métiers de l’opéra ».

Compliment suprême, Forum Opéra est d’ailleurs mentionné à plusieurs reprises dans ce volume, parfois en citant verbatim telle ou telle formule lue dans une critique parue ici-même. Les critiques travaillant pour ce site sont des « connaisseurs ayant acquis la légitimité des professionnels et qui ne sont pas tous des fanatiques de l’avant-garde, loin s’en faut ». A bon entendeur…

 

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