Musicien sans frontières

Minkowski

Par Brigitte Cormier | jeu 12 Novembre 2009 | Imprimer
« Faire connaître et aimer la musique à travers les différents métiers qui la constituent et les hommes qui les incarnent […] Expliquer un parcours, ses motivations, en décrire les joies et les embûches. » Telle est la vocation de la collection Parcours Musique chez Versant Sud. Après Gérard Mortier, René Jacobs et Philippe Herreweghe, l’éditeur belge, publie Marc Minkowski : un petit ouvrage de 144 pages, comprenant une vingtaine de photographies, personnelles pour la plupart.
 
C’est avec passion que Marc Minkowski, conscient de ses origines incroyablement diverses a patiemment reconstitué les deux puzzles généalogiques de ses ancêtres dispersés à travers l’Europe et l’Amérique du Nord. Parmi eux se trouvent beaucoup de remarquables personnalités, souvent musiciens à divers degrés. Juifs, catholiques et protestants parmi ses ascendants, une mère américaine et austro-hongroise, arabisante renommée, un père d’origine polonaise, devenu résolument français, fameux médecin, ardent défenseur des causes humanitaires et grand mélomane : l’héritage philosophico-culturel de Marc Minkowski est très vaste.
Ces dernières années, au cours de ses déplacements professionnels, il fait progresser ses recherches et finit par découvrir que ses deux grands-pères — ils ne se sont jamais rencontrés — reposent par le plus grands des hasards à quelques mètres l’un de l’autre au cimetière de Bagneux. L’un, du côté paternel, étant un psychiatre juif polonais établi en France, l’autre du côté maternel, un homme d’affaires tchèque d’origine viennoise, juif converti en cachette à l’évangélisme, et violoncelliste amateur.
Le début du livre dévoile un enfant rêveur, mais opiniâtre montrant une grande capacité à mobiliser son entourage pour réaliser ses projets. À l’École alsacienne, c’est la musique qui s’impose à lui. Il choisit d’étudier le basson et intègre très vite l’orchestre des musiciens confirmés de l’école. Son goût pour le texte déclamé et le théâtre est déjà dominé par la recherche d’une expression « authentique ». L’été, il participe à l’Académie des Arcs où il découvre le basson allemand ; c’est le coup de foudre. Là, avec le chef polonais Witold Rowicki, il a la « révélation du travail d’orchestre.  Soutenu par sa famille, il abandonne ses études pour se consacrer à la musique. À 18 ans, il fait aux États-Unis, avec Charles Bruck, un stage très dur qui se termine cependant sur un succès encourageant. Il touche ses premiers cachets de bassoniste dans les formations baroques de Malgoire, Christie, Herreweghe ; il observe et apprend.
Les chapitres suivants retracent l’aventure de l’ascension des Musiciens du Louvre, leur première production scénique de l’Armide de Gluck à Versailles en 1992 jusqu’au triomphe discographique d’Ariodante de George Frideric Handel. Après avoir traité les conditions et les avantages de l’ancrage grenoblois, le livre passe en revue le vaste répertoire — de Monteverdi à Debussy — embrassé par Marc Minkowski. Pour chaque compositeur, il relate les conditions des concerts et rapporte de nombreux propos, recueillis par l’auteur à partir de conversations avec le chef lui-même et certains de ses partenaires.
Poursuivant la même approche, le dernier chapitre est une réflexion sur l’évolution actuelle du rôle de chef d’orchestre et un rapide portrait du musicien « sans frontières » qu’est Marc Minkowski. Un chef toujours en recherche de quelque chose de neuf, menant de front plusieurs carrières, refusant les étiquettes— et dont le « son » et le « style » ont été identifiables dès ses débuts.
Comme le fait remarquer, Jean Delletré, administrateur des Musiciens du Louvre-Grenoble : « Les musiciens ont pu changer, partir, revenir, la couleur de l’orchestre est restée la même, couleur qui est le résultat de cette alchimie que souhaite Marc Minkowski, faite de vie, de théâtre, de sens du mot, de richesse des basses, d’imagination. »
                        
Brigitte CORMIER

 

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