Diva assoluta jour après jour

Maria Callas

Par Laurent Bury | ven 19 Février 2016 | Imprimer

Raconter la vie de Maria Callas au jour le jour, ou presque, voilà la mission que s’est fixée Jean-Jacques Hanine-Roussel. Docteur en droit, avoué près la Cour d’appel de Paris, déjà auteur de biographies de Gianni Poggi (1995) et de Giulietta Simionato (1997), ce passionné accumule la documentation et se livre à d’inlassables recherches depuis plus de vingt ans. Il semble avoir lu tous les livres, écouté tous les enregistrements, rencontré tous ceux qui ont côtoyé la divine, pour livrer enfin le fruit de son travail, un pavé de sept kilos ! Il offre ainsi une « chronologie événementielle », fondée sur le dépouillement de toutes les sources publiées, sur des revues de presse détaillées, et sur des interviews nombreuses.

Pour donner un seul exemple, voici en résumé comment est évoquée la venue de Callas à l’Opéra de Paris en 1964 pour une série de représentations de Norma. Sont cités les propos de Georges Auric, alors directeur de l’Opéra, Bernard Gavoty, Franco Zeffirelli, Fernandel (qui habitait deux étages au-dessus de l’appartement de la soprano, avenue Foch), Roland Mancini, René Seghers, biographe de Franco Corelli, Jacques Lorcey, Sergio Segalini ; ont été interviewés André Chabaud, assistant de Georges Auric, Micheline Presle, Gérard Oury, Claude Samuel, Jean Roire, Claude Calès, qui chantait Flavio, Robert Gilles, directeur de la scène à l’Opéra de Paris, le ténor Paul Finel, le comédien Alain Feydeau, Robert Massard, Jane Berbié, Michel Defaye, et la comédienne Catherine Salviat, dont la mère a réglé la chorégraphie de Norma à Garnier ; ont été étudiés les périodiques L’Aurore, Paris-Presse, le Corriere di Napoli, le Telestar de Palerme, Stop, le Times, France Observateur, Le Figaro littéraire, Témoignage chrétien, Les Nouvelles littéraires, Guide du concert et du disque, La Revue des deux mondes, Le Parisien libéré, la revue L’Opéra de Paris, Il Messagero, La Sicilia, Il Gazzettino, Corriere della Sera, La Gazzetta del Popolo, Roma Napoli, La Nouvelle République des Pyrénées, le Musical Times, Le Monde, Combat.

Et ce n’est pas tout : à l’évocation minutieuse du parcours de Maria Callas s’ajoutent des notices sur des artistes du siècle précédent (la cantatrice mexicaine Angela Peralta), des contemporains injustement oubliés (Oralia Dominguez), ou des questions plus générales comme « Art lyrique et politique en Italie » (à l’époque de Verdi).

Sur les points litigieux, Jean-Jacques Hanine-Roussel cite les avis contradictoires et finit par exprimer sa propre opinion, mais sans forcément trancher de manière autoritaire. Son livre n’est pas une hagiographie, et il y donne la parole aux adversaires de la diva, allant jusqu’à citer intégralement certains témoignages négatifs. Qui était donc Maria Callas ? Hors scène, une femme commune, sans goût, arrogante ; en scène, incessu patuit vera dea. Etait-elle odieuse, jalouse de tous ses collègues ? Ou au contraire pleine de chaleur humaine, de modestie, toujours prête à prodiguer ses conseils ? Tout à la fois, sans doute.

Ce livre nous rappelle aussi que Callas avait un répertoire allant du San Giovanni Battista de Stradella, dont elle chanta le rôle d’Hérodiade à Pérouse en septembre 1949 (avec notamment Cesare Siepi !) jusqu'à Turandot, et qu’elle ne voulut jamais s’aventurer dans des musiques postérieures à la mort de Puccini. Sa seule création mondiale fut l’Orfeo ed Euridice de Haydn, uniquement parce que cet ouvrage de 1791 n’avait jamais été représenté. Les propositions émanant de compositeurs vivants ne manquèrent pourtant pas : dès 1948, elle avait refusé de chanter dans Cardillac, et par la suite elle dit non à Toscanini qui la voulait pour créer Le Consul de Menotti. « Poulenc, Mannino, Blitzstein, Menotti, Britten [pour la création de Gloriana à La Scala], Refice, Barber et d’autres compositeurs du XXe siècle auraient aimé que Callas soit leur interprète. Leur souhait ne se concrétisa jamais ».

On pourra aussi s’amuser à la lecture des « vacheries » du ténor Kurt Baum et du baryton Leonard Warren lors des représentations d’Aida à Mexico. On lira avec intérêt l’évocation des décennies qui ont suivi la mort de Callas en 1977, émaillées d’hommages, de scandales et de révélations. Jean-Jacques Hanine-Roussel mentionne tous les films, romans et pièces de théâtre conçus autour du mythe Callas. Encadré par trois préfaces, dont une rédigée dès 2001 par Yves Saint-Laurent, signe de la longue gestation de ce volume) et par une post-face due à Camillo Faverzani, maître de conférences à Paris VIII, traducteur en italien des conversations de Callas avec Lord Harewood, le livre se conclut par un texte où l’auteur démontre que Callas fut « LA DIVA DU SIECLE ». Les annexes incluent une Chronologie des représentations, un Répertoire de Maria Callas et calendrier des représentations, une Liste des principaux interviews de Maria Callas, une liste des pays visités par la soprano (et des hôtels où elle descendait), des théâtres où elle a chanté ou simplement auditionné, une discographie mise à jour en décembre 2013, une Bibliographie, un Index. Et bien sûr, d’innombrables photos en noir et blanc, de Maria Callas dans tous ses rôles ou presque.

 

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