Là haut, là haut sur la colline

Le Festival de Bayreuth

Par Christophe Rizoud | mer 22 Mai 2013 | Imprimer
 
En 1876, quatre ans après la pose de la première pierre, est inauguré le Festspielhaus de Bayreuth. Richard Wagner voit ainsi se concrétiser le projet de toute une vie. L’histoire pourtant ne fait que commencer, une histoire plurielle, tout à la fois politique, artistique et dynastique. De Louis II de Bavière qui contribua à son édification à Angela Merkel dont les chaussettes firent scandale l’été dernier, en passant par les sombres heures hitlériennes, ce qui dans l’esprit de son fondateur devait être un festival populaire, devint rapidement un symbole du pouvoir germanique. La direction de l’institution donna lieu à des querelles qui font de la famille Wagner les Atrides de notre temps. D’un point de vue musical et scénique, les quelques cent trente-sept années qui nous séparent de la première représentation de Der Ring des Nibelungen, la fameuse tétralogie pour laquelle fut inventé Bayreuth, ont vu défiler plusieurs générations de chefs d’orchestre, metteurs en scène et chanteurs, qui chacun à leur manière ont fait de l’entreprise une formidable aventure artistique. C’est cette épopée qu’entreprend de raconter l’Avant-Scène Opéra, alors que l’on célèbre les deux-cent ans de son initiateur.
Pour cette édition, riche en illustrations, la revue a fait appel aux meilleurs spécialistes francophones de la question. La plupart d’entre eux ont d’ailleurs contribué au Dictionnaire Encyclopédique Wagner (Actes Sud) qui est aujourd’hui l'une des références en la matière. Parmi eux, Timothée Picard évoque l’influence qu’eut Bayreuth sur les écrivains, de Villiers de l’Isle-Adam (La Légende moderne, 1876) à Alain Stagé (Tu n’écriras point, 2003). Pierre Flinnois revient sur les relations passionnelles qu’entretinrent avec le Festival les Français, le public mais aussi les artistes. Citons pour mémoire Germaine Lubin, André Cluytens, Régine Crespin, Rita Gorr, Ernest Blanc et bien sûr le tandem Pierre Boulez, Patrice Chéreau, à l’origine en 1976 d’une Tétralogie désormais légendaire. Qui mieux que Christian Merlin pour parler des chefs d’orchestre dont Bayreuth fit et fait toujours une consommation féroce ? Au terme d’un inventaire riche d’anecdotes, l’auteur du Temps dans la dramaturgie wagnérienne remarque que diriger sur la « Colline sacrée » n’est pas toujours une partie de plaisir. Et les mêmes auteurs, à peu près, de passer en revue les quinze productions clés du Nouveau Bayreuth (c’est ainsi que l’on désigne la période après la deuxième guerre mondiale, qui voit le renouvellement – scénique pour l’essentiel – du Festival). Jean-François Candoni et Louis Bilodeau se chargent, eux, de l’ascension du versant historique, à travers notamment la saga de la famille Wagner. Ce sont les arrières petites-filles du compositeur, Eva et Katharina, qui gardent le temple aujourd’hui. Un arbre généalogique simplifié et illustré aidera les moins initiés à ne plus confondre Wieland et Wolfgang, les deux frères artisans de ce Nouveau Bayreuth que nous mentionnions plus haut. Bibliographie, brève sélection disco-vidéographique et tableaux des principales productions achèvent de rendre ce numéro indispensable.
Que faudrait-il pour qu’il soit encore plus indispensable ? Un passage en revue des principaux chanteurs qui ne se limite pas une succession de noms et de photos mais propose une véritable analyse des voix wagnériennes et de leur évolution (A défaut, on consultera l’article de Julien Marion sur les enregistrements légendaires du Met). L’Avant-Scène Opéra, en phase avec notre époque, donne aujourd’hui la préférence aux metteurs en scène, ce que confirme un prochain numéro consacré à Olivier Py. Quoi d’autre ? Des conseils pratiques un peu plus étoffés. Recommander l’achat du Guide du Routard Allemagne apparaît comme une solution de facilité. On aurait souhaité davantage d’adresses. Comment obtenir des billets ? Soit, mais quelles places choisir ? Pour traiter tous ces points, ce n’est pas 160 pages qu’il aurait fallu mais le double. Normal, avec Wagner, c’est toujours plus long.
 
 
 

 

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