Juste une mise au point

Dialogues des Carmélites

Par Christophe Rizoud | ven 13 Août 2010 | Imprimer

Nouvelle édition du numéro de l’Avant Scène Opéra consacré à Dialogues des Carmélites1. Mise à jour plutôt que nouvelle édition d’ailleurs tant la version 2010 s’apparente à la précédente (mai 1983 – n°52). On retrouve inchangé le commentaire musical de Jean de Solliers. Malgré la petite trentaine d’années qui sépare les deux publications, le regard porté sur l’œuvre de Poulenc n’a pas évolué assez pour qu’il s’avère nécessaire d’en réviser l’analyse. Dialogues des Carmélites reste un cas à part dans la production lyrique d’après 1950, le seul opéra à figurer constamment, depuis sa création, au répertoire des théâtres du monde entier. L’une des clés de son succès est due à l’extrême lisibilité de la partition, ainsi que le rappelle Jean de Solliers, la clarté du langage musical et vocal, l’écriture redoutable de Bernanos conjuguée à celle, non moins efficace, de Poulenc, le caractère intemporel de l’œuvre (bien que puissamment lié au contexte historique, n’en déplaise à Dmitri Tcherniakov dont la tentative à Munich d’enlever à la pièce toutes ses références révolutionnaires et religieuses n’a pas convaincu2).

 
On retrouve également, dans cette réédition, les quatre textes de Myriam Chimènes autour de la vie et de la correspondance de Francis Poulenc, l’histoire des vraies carmélites de Compiègne racontée par Pierre Enckell, l’étude de Jean Roy sur l’itinéraire spirituel du compositeur, des Litanies à la Vierge Noire (1937) au Sept Répons des Ténèbres (1961), et, légendaires, les témoignages de Denise Duval et de Régine Crespin, cette dernière toujours passionnante de sincérité dans l’exposé de son rapport aux deux Prieures, plus ambigu qu’on pourrait le croire (elle interpréta Madame de Croissy en 1977, vingt après avoir créé le rôle de Madame Lidoine sur la scène de l’Opéra de Paris).
 
Parmi les nouveaux textes, on relève l’article de Claude Coste sur la transformation de la pièce de Bernanos en livret d’opéra ainsi que, par Denis Waleckx, la chronologie sous forme télégraphique de la composition de Dialogues des carmélites et le récit des deux créations (en italien à Milan le 2 février 1957, en français à Paris le 21 juin de la même année). Trois articles qui s’ajoutent plus qu’ils ne se substituent à ceux de l’édition précédente3.
 
L‘intérêt de ce numéro, on le trouve d’abord dans la qualité de la nouvelle maquette : présentation moins austère, illustrations plus récentes en couleurs… Des clichés des dernières représentations tourangelles en mai de cette année4 figurent même à côté des photos de la mise en scène de Francesca Zambello à l’Opéra Bastille en 2004. L’une d’elles a d’ailleurs été utilisée pour la couverture. Est-ce celle que nous aurions choisie ? A voir…
Incontournables également depuis l’avènement du DVD, la vidéographie qui n’avait pas lieu d’être en 1983. Il existe aujourd’hui quatre enregistrements filmés de Dialogues des carmélites que Didier van Moere commente largement pour décerner en conclusion son coup de cœur à l’outsider (Simone Young et Nikolaus Lehnoff en 2008 à Hambourg). Signe de la popularité toujours croissante de l’œuvre, la discographie s’est enrichie de cinq nouvelles intégrales en vingt-sept ans sur lesquelles Didier van Moere, encore, jette une oreille scrupuleuse, les versions de Pierre Dervaux et Kent Nagano constituant les deux références, la première historique, la seconde moderne.
 
S’il faut formuler un regret, pourquoi ne pas avoir repris en fin de volume les textes sur La voix humaine qui complétaient l’édition précédente ? Le drame lyrique de Poulenc d’après la pièce de Cocteau n’est pas suffisamment étoffé pour faire l’objet d’un numéro à part entière mais constituait un excellent addenda à Dialogues des carmélites. S’il s’agissait d’un problème de place, ce volet aurait avantageusement remplacé les critiques des dernières parutions CD, DVD et livres, certes intéressantes mais que l’on peut trouver dans d’autres publications tandis que l’exégèse d’une œuvre, qui est la marque de fabrique de l’Avant Scène Opéra, reste plus que précieuse – indispensable – aux monomaniaques que nous sommes.
 
Christophe Rizoud
 
1 Cette réédition accompagne la première présentation en France de la production der Robert Carsen, qui aurait dû voir la prise de voile de Natalie Dessay (dans le rôle de Blanche de La Force ; c’est finalement Karen Vourc’h qui la remplace), à l’Opéra de Nice du jeudi 7 au samedi 16 octobre (plus d’informations)
3 Parmi les articles qui n’ont pas été repris dans la nouvelle édition, citons Henri Sauguet : « L’œuvre lyrique de Francis Poulenc » ; Anna Guédy et Philippe-Joseph Salazar « Rhétorique du martyre » ; Maryvonne de Saint-Pulgent « Poulenc, un musicien anachronique », René Terrasson : « Pour une dramaturgie des Dialogues ».
 
 

 

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