Die MeisterSchreiber von ASO

Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg

Par Laurent Bury | ven 04 Avril 2014 | Imprimer
 
C’est devenu la règle : tous les vingt ans environ, les numéros de L’Avant-Scène Opéra connaissent une seconde jeunesse, généralement en liaison avec l’actualité lyrique française : dernièrement c’était le tour d’Alcina, pour la reprise au Palais Garnier de la production Carsen. Pour le présent volume consacré aux Maîtres Chanteurs de Nuremberg, l’ASO a pris une fameuse avance, car l’arrivée à Paris du spectacle monté l’été dernier à Salzbourg pour Stefan Herheim ne devrait avoir lieu qu’au cours de la saison 2015-2016. Mais bicentenaire oblige, L'Avant-Scène Opéra est très wagnérienne ces temps-ci (voir les numéros 270 et 272, consacrés respectivement à Rienzi et Lohengrin).
Arrêtons-nous d’abord au seuil de ce nouveau volume, qui mérite quelques remarques. Le titre, d’abord, a changé : alors que le numéro 116/117, paru en janvier 1989, s’intitulait simplement Les Maîtres Chanteurs, le nouveau redonne à l’œuvre son titre complet (et justement, l’article de Pierre Flinois s’intitule « Les Maîtres Chanteurs avec ou sans Nuremberg ? »). Quant à l’image qui orne la couverture, elle reflète bien l’évolution de la mise en scène en un quart-de-siècle : si la production bruxelloise de Kurt Horres et Andres Reinhardt (1985) incarnait une certaine modernité – c’est pratiquement la seule qui échappe aux costumes Renaissance parmi toutes celles qui illustrent le volume de 1989 – l’illustration de couverture du volume 2014, empruntée à la mise en scène d’Andreas Homoki (Berlin, 2011), montre des personnages en costumes du XXe siècle dans un décor très coloré en forme de jeu de construction : les hauts-de-forme et les redingotes sont désormais l’apanage des spectacles les plus conservateurs, les tenues d’aujourd’hui s’imposant en général. On se réjouit pourtant de voir en couleurs les images reflétant les différentes productions de Wieland Wagner à Bayreuth, en 1956 et 1963.
A l’intérieur, à part la traduction de Jean Matter et le guide d’écoute de Michel Debrocq, presque tout a changé. De manière générale, entre une mise en page plus aérée et une taille de caractères plus grande, les textes sont aujourd’hui plus brefs : s’il fallait en 1989 trois pages et demie à Alain Duault pour résumer l’action, Chantal Cazaux le fait désormais en deux pages. Seul article conservé intact : « Rires et sourires » de Françoise Ferlan, sur le comique des Maîtres Chanteurs. L’autre texte qui fait retour dans la nouvelle édition est assez problématique : Philippe Godefroid est incontestablement un très grand connaisseur de Wagner, mais est-il le plus à même de transmettre de manière limpide la passion qui l’anime ? « Genèse et enjeux des Maîtres Chanteurs » (2014) se présente comme une version remaniée, augmentée et condensée de « La genèse des Maîtres Chanteurs » (1989). Philippe Godefroid y use et abuse de l’allusion et de l’ellipse, et alors que son texte vient dorénavant en première position parmi les « Regards sur l’œuvre » (juste après un poème de Hans Sachs, pour être précis), il vaudra sans doute mieux en réserver la lecture pour la toute fin, tant il s’adresse à un amateur déjà très au fait de la chose wagnérienne. C’est dommage, tant le reste du volume sait se mettre à la portée de l’honnête homme sans exiger un bagage excessivement spécialisé. Les articles de Gérard Condé et de Jean-François Candoni sont fort enrichissants tout en étant abordables ; le texte de Pierre Flinois, mentionné plus haut, propose une intéressante réflexion sur l’art de mettre en scène Die Meistersinger depuis un siècle et demi. C’est également à lui qu’on doit la Vidéographie de l’œuvre, Philippe Godefroid signe une version entièrement nouvelle de la Discographie.
Après une période faste (productions Wernicke à Garnier en 1989, Pierre Strosser au Châtelet en 1990, Pierre Médecin à Nice en 1992), les Maîtres Chanteurs se sont fait rares en France : Nicolas Joël a osé une version scénique à Toulouse en 2006, mais Paris n’a guère eu que le concert de 2004 à Bastille. Puisse ce nouveau volume de L’Avant-Scène Opéra annoncer un retour de l’œuvre dans les salles de France et de Navarre.
 
 
 

 

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