Hélène et les garçons

La Belle Hélène - Paris

Par Jean-Marcel Humbert | mar 04 Février 2020 | Imprimer

Offenbach et sa Belle Hélène peuvent-ils se satisfaire d’une présentation en concert ? Oui, quand c’est fait avec doigté, comme ce soir, bien qu’il ne s’agisse pas d’une grande production de niveau international. D’abord, les dialogues sont passés à la trappe, y compris les charades et bouts rimés, remplacés par deux récitantes qui dialoguent avec humour pour renseigner les spectateurs qui ne connaîtraient pas l’intrigue. Cela fonctionne plutôt bien, sans trop rompre le rythme de l’action. Ensuite, l’orchestre est réduit à une douzaine d’excellents instrumentistes, c’est-à-dire à peu près un par pupitre, ce qui est toujours infiniment mieux qu’une version pour un ou deux pianos. Enfin, la « troupe » mêle des professionnels confirmés avec de jeunes chanteurs et des amateurs, qui tous se donnent à fond dans une mise en espace astucieuse mêlant l’antique et le contemporain, pour que l’on passe une bonne soirée, ce qui a été le cas.


Marie Saadi, Jeremy Kalvar et Tarek Mohia © Photo Richard Kalvar/VociHARMONIE

On connaît bien Marie Saadi, la plus Parisienne des Canadiennes, qui s’est au fil du temps spécialisée dans Offenbach (on l’a vue en Boulotte, Antonia, Grande Duchesse et Périchole), ce qui ne l’empêche pas de chanter par ailleurs les grands rôles du répertoire lyrique. Son potentiel de sympathie est formidable, et dès qu’elle apparaît, elle met le public dans sa poche. Son Hélène oublie la critique de la société du Second Empire au profit d’une jeune femme libérée d’aujourd’hui, au milieu d’une multitude de garçons, et faisant ce dont elle a envie quand elle en a envie et avec qui elle a envie. Elle joue de son physique avec drôlerie et elle ne chante pas seulement avec sa voix, mais avec tout son corps. La voix est puissante avec des aigus magnifiques assis sur un médium et bas-médium de toute beauté. Côté interprétation, le personnage est surtout excessif en tout, jusque dans l’humour qui explose dans « l’homme à la pomme », grand moment comique. Mais les grands airs que tout le monde attend sont bien là aussi, bref, une interprétation qui compte.

Les seconds rôles sont d’un excellent niveau vocal et scénique, puisque tout se passe sur un petit podium permettant de jouer les scènes, avec des chanteurs-acteurs épatants qui sont aussi, et cela s’entend, des musiciens accomplis. Le Ménélas de Tarek Mohia est ébouriffant de qualité vocale et de drôlerie dans son interprétation, sans pour autant sacrifier une excellente diction. Cédric Le Barbier (Agamemnon) confirme les qualités que l’on avait déjà décelées, notamment dans le rôle de Brissac. Et Léo Muscat (Oreste) présente également de grandes qualités très prometteuses. Autant dire que le malheureux Pâris (Jeremy Kalvar) avait fort à faire au milieu d’un ensemble aussi cohérent, car sa prestation vocale est loin d’égaler son amusante et très accomplie caractérisation du personnage.

Les chœurs, bien équilibrés, ont présenté quelques petits retards à l’allumage, mais les choses se sont arrangées une fois le moteur chaud. Daniel Gàlvez-Vallejo dirige tout son monde avec doigté, bien dans le style d’Offenbach, avec aussi de très jolies nuances et des tempi soutenus.

 

 

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