Brillante reprise

Il barbiere di Siviglia - Paris (Bastille)

Par Christian Peter | mer 24 Janvier 2018 | Imprimer

De retour à l’Opéra Bastille après les représentations de septembre 2014 et février 2016, la production du Barbier de Séville signée Damiano Michieletto soulève toujours autant l’enthousiasme du public au rideau final. Il faut dire que pendant deux heures quarante, le metteur en scène italien ne laisse pas un seul instant de répit au spectateur dont l’œil est sans cesse sollicité de toute part.
Pour rappel, le décor unique représente des façades d’immeubles de couleur ocre ; au centre la maison de Bartolo pivote sur elle-même laissant voir l’intérieur des différentes pièces, le séjour, la chambre de Rosine, le bureau du docteur etc… ainsi que l’escalier qui y conduit. Au rez-de-chaussée un bar à tapas. La voiture d’Almaviva est garée le long du trottoir. L’action se déroule de nos jours dans un univers qui n’est pas sans rappeler les premiers films d’Almodovar mais ce n’est pas la seule référence cinématographique ; le mouvement incessant des personnages qui vont d’une pièce à l’autre, montent et descendent sans répit les escaliers et les nombreux gags, parfois répétitifs, qui émaillent leurs déplacements évoquent le cinéma burlesque hollywoodien des années 30. Enfin comment ne pas penser à Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock quand le dispositif scénique nous invite au voyeurisme. Un exemple, au deuxième acte, pendant la leçon de chant de Rosine, Figaro rase Bartolo dans une autre pièce tandis que Berta lève un jeune homme au bar qu’elle emmène dans sa chambre pour se faire lutiner.


© Guergana Damianova / OnP

Pas de très grands noms dans la distribution mais une équipe homogène de jeunes chanteurs dont certains font leurs débuts in loco et qui tous semblent prendre beaucoup de plaisir à évoluer dans cette production, à commencer par René Barbera, grand triomphateur de la soirée, qui faisait déjà partie de la première série de représentations en 2014. Le timbre ne manque pas de charme, la voix a gagné en volume, l’aigu semble plus aisé et cette fois, le ténor chante le redoutable « Cessa di più resistere » dont il livre une interprétation brillante qui lui vaut une longue ovation méritée de la part du public. On oubliera donc une ou deux vocalises légèrement savonnées pour saluer l’aisance avec laquelle il évolue dans l’univers de Michieletto et l’irrésistible vis comica dont il fait preuve.

Lauréate de plusieurs concours dont Operalia en 2016, la jeune Olga Kulchynska qui s’était fait remarquer dès 2015 à Zurich dans I Capuleti e i Montecchi aux côtés de Joyce DiDonato, effectue des débuts réussis à l’Opéra Bastille. Si l’aigu est encore un peu vert, la fraîcheur du timbre, le volume appréciable de la voix, l’aisance avec laquelle elle exécute les vocalises qui émaillent sa partie font d’elle une Rosine attachante aux moyens prometteurs. Autres débuts, ceux de Massimo Cavalletti qui, depuis l’orée de sa carrière, en 2004 à Bergame, a déjà chanté sur des scènes prestigieuses comme La Scala, le Metropolitan Opera ou le Festival de Salzbourg où il a partagé l’affiche avec Anna Netrebko dans La Bohème en 2012. Son Figaro a fait sensation, la voix est large et bien timbrée, l’aigu insolent et le personnage tout à fait convaincant. Il était temps que l’Opéra invite ce baryton dont la réputation est déjà bien assise. Simone Del Savio ne fait qu’une bouchée de « A un dottor della mia sorte » dont les notes en rafale sont chantées avec une vélocité ébouriffante. Son Bartolo, remarquable vocalement, est presque trop sémillant pour le rôle dont il livre cependant une performance exemplaire. Nicolas Testé est un Basile à la voix bien projetée et aux graves profonds. Julie Boulianne dont la Berta déjantée ne manque pas de virtuosité  a été chaleureusement applaudie à la fin de son air. Enfin le Fiorello sonore de Pietro Di Bianco n’est pas dépourvu d'intérêt.

Les Chœurs, irréprochables vocalement, offrent une prestation scénique épatante.

Au pupitre, Riccardo Frizza propose une direction contrastée avec un sens aigu du théâtre, le final du premier acte par exemple, pris à un train d’enfer, ce qui n’est pas sans susciter quelques décalages, est en adéquation avec le tourbillon de folie organisé sur le plateau par Michieletto. L’orchestre est en grande forme et la partition est donnée dans son intégralité.

 

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